Sélection en Master : le point de vue de François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise

2 juin 2016

CPU Infos

1) CPU : Comment sont organisés les masters dans votre université? Quelle est leur spécificité ?

François Germinet : A Cergy-Pontoise, nous avons de nombreux parcours en apprentissage, pour lesquels les capacités sont forcément limitées, soit par les places en entreprises, soit par le financement de la région. Nous sommes donc amenés à sélectionner les étudiants à l’entrée de ces formations. Nous avons de plus une offre de formation en droit très attractive et connectée aux professions réglementées du domaine, pour lesquelles une sélection est requise.

2) Dans quelle mesure l’absence de sélection à l’entrée en master fragilise-t-elle les universités et le parcours de réussite des étudiants ?

L’absence de sélection fragiliserait les universités en renforçant l’impression que les universités françaises sont des choix par défaut, à l’inverse de ce qui se passe dans tous les autres pays. Par ailleurs, elle fragiliserait le parcours des étudiants, car la tendance naturelle des collègues sera de durcir les conditions d’obtenir des licences et des masters 1.

3) La ministre de l’Education a annoncé, devant l’Assemblée nationale, le 17 février dernier, la mise en place d’une liste « très limitative » des masters 2 sélectifs. Cela vous paraît-il une réponse suffisante ?

Dans l’urgence de la préparation de la rentrée, qui doit être absolument sécurisée, cette liste ne saurait être plus limitative que l’existant. Au-delà, c’est bien le principe de la sélection en master qui doit être posé et inclus dans la loi.

4) Pensez-vous que cette liste limitative puisse entraîner la mise en place de filières d’excellence au sein des universités, au détriment des autres filières ?

Si les étudiants et parents adoptent le même réflexe que pour les filières post-bacs et pour les écoles, où l’image du non sélectif est dégradée, bien sûr que oui. On pourrait dire “hélas”, mais en même temps, c’est là un système global qui n’est pas remis en cause.

5) L’écart entre les grandes écoles où la sélection est la règle et les universités contraintes à la non-sélection ne risque-t-il pas de se creuser ?

L’enjeu pour l’enseignement supérieur français va au-delà de nos problématiques franco-françaises. La question est celle de l’innovation et de l’attraction des talents partout dans le monde, et donc de notre positionnement dans une économie mondiale de l’enseignement supérieur. Et face à cet enjeu, c’est la notion d’université qui prédomine. Tout ce qui affaiblit l’université affaiblit, à terme, la position de la France en matière d’innovation et d’attraction des talents.

6) La sélection est-elle compatible avec le rôle d’ascenseur social porté par les universités ?

Si toute sélection était vraiment incompatible avec le rôle d’ascenseur social que notre république doit à ses citoyens, pourquoi maintenir et financer massivement BTS, classes préparatoires, et écoles publiques ?

7) Le ministère de l’Education annonce la tenue, dans les prochains mois, d’une concertation réunissant les organisations représentatives des personnels et des étudiants, la CPU, la CDEFI, et les représentants des employeurs. Qu’attendez-vous de cette concertation?

J’attends qu’elle réponde aux enjeux de la question 5, en donnant aux universités les moyens d’être attractives.

Depuis le décret du 10 février dernier qui indique qu’ « en l’absence de liste fixée par décret, aucune sélection ne peut être mise en place, ni pour l’accès en deuxième cycle (1ère année de master), ni au cours du 2ème cycle », le vide juridique laissé par l’absence de décret formel sur la sélection en master fragilise les universités et va à l’encontre des intérêts des étudiants.
Dans un communiqué du 18 février, la CPU indiquait que la sélection existe de fait dans les universités et que le nier constituait une « hypocrisie ».
François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise met en lumière, à travers cette interview, l’enjeu que représente la sélection organisée à l’Université, condition de la qualité des formations, mais aussi de la réussite et de l’insertion professionnelle des étudiants.

Interview du 8 mars 2016