« Sans le soutien de l’État pour rénover nos universités, nous courons vers un désastre écologique et économique »

Interview : Olivier Laboux, président de l’université de Nantes, président du comité de la transition écologique.
La CPU propose, en l’espace de dix ans, d’aménager des campus durables, modèles en matière de gestion immobilière et de production énergétique. Mais sans engagement de l’État, c’est mission impossible.

Pourquoi faut-il rénover de manière urgente le patrimoine immobilier universitaire ?

La plupart des sites date des années 60/70. Ils sont vétustes et leur coût de fonctionnement et d’entretien est colossal. La facture grimpe d’autant plus qu’un tiers des bâtiments sont des passoires énergétiques ! Indépendamment du coût de l’énergie, le coût annuel de la taxe carbone doublera pour les universités entre 2018 et 2020 et quadruplera en 2025. Il passera de 30 millions d’euros aujourd’hui à 150 millions en 2022. Les 600 millions seront atteints en 2030 si on ne fait rien ! Cet argent pourrait être investi plus utilement dans les missions au cœur des universités.

Pourquoi les dépenses énergétiques sont-elles aussi importantes ?

En plus des déperditions énergétiques générées par du bâti non rénové, une université consomme de l’énergie, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Par exemple, dans un laboratoire de médecine, un congélateur avec des cellules-souches ne peut pas s’arrêter. En sciences humaines et sociales, les data centers doivent fonctionner toute l’année. Toutes les activités sont énergivores, particulièrement celles liées à la recherche. Les universités doivent mettre en œuvre des solutions pour également auto-produire leur énergie afin de s’affranchir du coût.

Quel est votre « plan » pour rénover les universités ?

Notre proposition va au-delà de la réhabilitation, elle passe par la ré-habitation des campus : il ne faut pas se contenter de changer une toiture ou des fenêtres par exemple, mais repenser l’utilisation des bâtiments pour réaliser des économies à tous les étages : consommation d’énergie, optimisation des surfaces y compris des espaces de circulations, des halls qui se transforment pour des usages de travail collectif, de convivialité… Notre plan tient compte des nouvelles pratiques d’enseignement et de la nécessité d’accueillir une population étudiante de plus en plus conséquente. Nous raisonnons comme le « propriétaire d’une maison dont la famille va s’agrandir petit à petit : il peut colmater ponctuellement les fuites du grenier ou isoler les combles, mais aussi penser à plus long terme en ajoutant des panneaux solaires et prévoir une chambre de plus ». Mais pour cela il lui faut investir plus d’un seul coup et non au fur et à mesure de ses moyens. C’est pareil pour les universités. Il nous faut dépasser une vision de colmatage et d’urgence pour avoir un plan d’investissement plus ambitieux, mais au final plus efficace économiquement et écologiquement. Notre plan est vertueux.

Comment seront financés les travaux de rénovation ?

Contrairement au plan Campus pour lequel l’Etat a financé 100% du programme, nous proposons d’assumer le coût des travaux à hauteur de 70 %, avec l’appui de partenaires comme la Caisse des Dépôts et la Banque européenne d’investissement. Nous demandons l’aide de l’État pour les 30 % restants. Mais cela suppose que nous ayons la possibilité d’emprunter. L’État doit lever cette interdiction. Nous espérons, par ailleurs, que les universités ne seront pas les oubliées du Grand Plan d’Investissement (GPI). L’Etat dispose là d’un levier pour nous aider car notre situation est une bombe à retardement. Choisir le scénario de l’inaction, c’est asphyxier petit à petit les universités au détriment des générations futures.

Les travaux peuvent-ils commencer de suite ?

D’après notre simulation, réalisée à partir du patrimoine immobilier de dix universités, il est possible, entre 2017 et 2027, de remettre aux normes la totalité des sites. Les 73 universités sont concernées, ce qui représente un tiers du patrimoine de l’État. Quel beau démonstrateur pour montrer à nos citoyens que la transition écologique et énergétique est possible. Mais nous avons les pieds et les mains liés parce que nous ne pouvons pas emprunter, mais aussi disposer de l’argent de la vente de nos biens, celui-ci revenant à l’État ; parce que nous ne pouvons pas valoriser financièrement les bâtiments ; parce que les travaux ne peuvent être entrepris sans le contrôle préalable de l’État. Nous n’avons pas les moyens de notre stratégie. Nous demandons que ces verrous administratifs sautent. Sans le soutien financier et législatif de l’État pour rénover nos universités, nous courrons vers un désastre écologique et économique.

Quels seront les impacts de la rénovation ?

Nous respectons l’accord de Paris pour le climat. Le facteur 4, qui prévoit une réduction de
75 % des consommations d’ici 2050, sera atteint bien avant cette date. En matière de recherche et de formation, l’engagement dans la transition écologique est un facteur d’attractivité à l’international. Les universités sont aussi partie prenante du développement territorial, ne serait-ce que par la réflexion sur les transports en commun, les besoins en logement et services quotidiens, mais aussi pour participer aux objectifs de réduction des consommations énergétiques du territoire. C’est pourquoi nous demandons aux collectivités locales de soutenir notre effort, via les contrats de plan État-Région. Si nous voulons des villes durables alors il faut des universités durables.

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