« Repenser la haute fonction publique d’Etat » : la tribune de Gilles Roussel publiée sur News tank

L’annonce d’une éventuelle disparition de l’ENA et d’autres écoles préparant à l’exercice des plus hautes responsabilités publiques génère chez les uns un sentiment d’injustice, voire d’amertume, et chez d’autres un sentiment de revanche sans même chercher, dans un cas comme dans l’autre, à en savoir davantage sur la réalité de ce qui pourrait leur être substitué.

Il y a là d’abord l’opportunité de repenser collectivement les modalités de préparation à la haute fonction publique, et sans doute plus encore de redéfinir profondément les modes de recrutement des hauts fonctionnaires.

Ces écoles ont assuré une fonction essentielle de formation des cadres de l’État et ont su remplir ce rôle avec efficacité au niveau national et un rayonnement international important. Ce succès n’exclut pas les faiblesses que traduisent les critiques entendues maintes fois et plus récemment dans le cadre du grand débat.

Cela transparaît dans les objectifs affichés par le gouvernement : assurer une plus grande diversité de profils, et donc de compétences et de pensées, au plus haut niveau de l’Etat, favoriser une meilleure expérience du terrain et une meilleure connaissance des territoires, pour être plus proche des attentes des administrés.

S’adapter à l’évolution de la société

Il s’agit sans doute aussi de s’adapter à l’évolution d’une société de plus en plus éduquée et d’un monde qui se transforme à une vitesse exponentielle, imposant d’inventer en continu de nouvelles solutions.

Cela doit nous interroger sur la vision que l’on souhaite porter afin de répondre à ces objectifs. Pour la Conférence des présidents d’université, il s’agit de :

– favoriser des démarches plus pragmatiques reposant sur la compréhension des réalités vécues par chacun ;
– d’organiser des modèles de prise de décision basés sur la contradiction ;
– développer une culture de la concertation avant que ne s’engage un conflit ouvert ;
– sortir d’une hiérarchie des corps et des statuts qui a pour corollaire celle des administrations ;
– favoriser une réelle mixité des publics accueillis dans les formations ;
– encourager les passerelles avec d’autres formations ;
– préparer à la prise de décision dans un contexte d’incertitude.

Cela doit être associé à un mode de recrutement ne reposant pas sur une cooptation ou sur une vision hiérarchisée d’administrations déconnectée des ambitions et des priorités affichées par la Nation.

L’Université est prête à relever ce défi en jouant pleinement son rôle de découvreur de talents, dans la diversité des parcours qu’elle propose, apportant le professionnalisme nécessaire au bon fonctionnement de l’État dont chacun souligne la complexité et la nécessité de sortir des modèles préétablis dont on mesure aujourd’hui les limites.

Sortir des sentiers battus

Cette sortie des sentiers battus, l’Université y concourt par l’adossement de ses formations à la recherche, par la capacité d’analyse qu’elle apporte et l’apprentissage de la relativité qu’elle induit.

Par une ouverture plus large aux docteurs, c’est aussi un nouvel état d’esprit qu’il s’agit d’instiller dans la haute fonction publique pour que la France s’aligne sur les pratiques d’autres pays qui souvent font valoir de meilleures performances.

Le propos n’est pas de mettre en cause l’élitisme républicain, il est bien de le refonder et de redonner aux plus hauts responsables de l’Etat la légitimité et la crédibilité qui leur sont aujourd’hui contestées.

L’Université, par la diversité de son recrutement et celle de ses cursus, par la méthode que lui apporte la recherche, veut prendre sa part dans le processus qui s’annonce.

Publié le jeudi 25 avril 2019 à 11 h 21, sur le site de News tank

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