Recrutement des docteurs chez Alten : miser sur la curiosité, la rigueur scientifique et la prise de recul

Photo : Stéphane Dahan (à gauche) et Stéphane Jeanty

Leader mondial de l’Ingénierie et du Conseil en Technologies, ALTEN accompagne depuis 30 ans les grandes industries dans le développement de leurs projets techniques. Société en forte croissance, elle recrute chaque année 4 000 consultants. Pour Stéphane Dahan, directeur du recrutement des ingénieurs chez ALTEN, et Stéphane Jeanty, directeur technique en charge des ALTEN Labs, les docteurs ont un degré de technicité inégalable, capable de répondre aux problématiques clients les plus pointues. Tous deux désirent ainsi embaucher davantage de docteurs. Dans cette interview, ils reviennent sur les qualités professionnelles et humaines des docteurs, leur valeur ajoutée pour l’entreprise et donnent des pistes pour valoriser davantage le doctorat en France.

CPU : Présentez-nous les activités d’ALTEN. Dans quelle mesure la société allie-t-elle recherche, développement et innovation ?

Stéphane Dahan : Depuis 30 ans, ALTEN accompagne les grandes industries dans le développement de leurs projets techniques. Nous couvrons tous les secteurs de l’industrie : l’aéronautique ; le spatial ; la défense et la sécurité ; le naval ; l’automobile ; le ferroviaire ; les télécoms et le multimédia ; l’énergie et l’environnement ; les sciences de la vie ; la banque, la finance et l’assurance ; le retail et les services.

ALTEN compte 37 000 collaborateurs dans plus de 25 pays. En France, 12 000 consultants, pour la plupart ingénieurs et universitaires, étudient, conçoivent et déploient les architectures et infrastructures de nos clients.

Stéphane Jeanty : Aujourd’hui, aucun projet innovant issu des grands industriels connus n’est conçu sans l’intervention d’Alten. Nous les accompagnons au jour le jour et sommes force de propositions. A partir de nos propres laboratoires, réunis dans la Direction de l’Innovation, nous anticipons les besoins de nos clients, nous trouvons des solutions à leurs demandes. Des consultants, des thésards, des stagiaires travaillent en ce moment même aux grandes problématiques techniques de demain, particulièrement sur l’intelligence artificielle.

S D : ALTEN recrute 4 000 consultants par an en France ; et 9 000 dans le monde. Pour ce faire, nous avons des relations étroites avec les écoles d’ingénieurs. Et comme nous recrutons beaucoup d’universitaires, nous avons besoin de développer nos partenariats avec les universités qui sont encore trop timides.

S J : Nous avons en effet du mal à savoir vers quels laboratoires universitaires nous tourner lorsque nous avons besoin d’une compétence ou de lancer une thèse. Il faut qu’on progresse sur une meilleure identification des ressources universitaires.

Aujourd’hui, vous cherchez à recruter des docteurs. Quelles sont les disciplines recherchées et à quels postes ? Existe-t-il des dispositifs spécifiques pour l’emploi des docteurs chez ALTEN ?

Stéphane Jeanty : Chez ALTEN, les doctorants sont embauchés en CDI, avec le dispositif CIFRE, sur toutes les disciplines qui sont les nôtres, comme l’électronique ou l’informatique. Nous leur proposons d’utiliser leur thèse pour travailler sur des projets de grande envergure, qui ont une résonnance pour nos clients. Face à la technicité des problématiques, nous avons besoin d’embaucher des personnes avec une expertise très forte.

Stéphane Dahan : En effet, les écoles d’ingénieurs tendent à être de plus en plus généralistes. En travaillant trois ans sur un sujet précis, le docteur fait corps avec son sujet. Il a pris le temps d’en saisir tous les détails, et de tester son application dans le milieu industriel. Nous apprécions chez les docteurs cette expertise technique qui tend à se perdre dans les écoles généralistes. Trois ans, c’est un temps intéressant pour passer d’une recherche fondamentale à une applicabilité industrielle.

S J : Personne n’aura le niveau d’expertise d’un docteur qui aura consacré trois ans à une problématique ciblée. C’est ce qui nous plait et surtout ce dont nous avons besoin. Plus haut diplôme de l’enseignement supérieur et de la recherche, le doctorat n’est pas assez valorisé en France, contrairement aux Etats-Unis ou en Allemagne, par exemple. Chez ALTEN, nous mettons un point d’honneur à considérer le doctorat à sa juste valeur. Quelques docteurs placés aux bons endroits permettent de donner une impulsion supplémentaire aux projets de nos clients.

S D : Il est urgent aujourd’hui de changer l’image du docteur. On a encore en tête l’image d’un chercheur travaillant sur des sujets éloignés des problématiques réelles. Ce qui est absolument faux ! Tout sujet de recherche est susceptible d’intéresser, à un moment donné, un industriel.

Les compétences de ces sachants doivent être valorisées. Je prendrais un exemple : dans certains pays, les pouvoirs publics ont le réflexe de commander un rapport aux laboratoires universitaires dès lors qu’ils sont confrontés à des problématiques technologiques ou économiques. En France, c’est plus rarement le cas. Quand on parle de réchauffement climatique, d’énergie, on entend peu la voix des universités, ce qui est un manque.

S J : C’est pour cette raison que chez ALTEN, nous voulons employer des docteurs. Nous sommes un des vecteurs du transfert technologique entre le public et le privé : une compétence partagée justement avec les docteurs !

En quoi les qualités de ces derniers représentent une valeur ajoutée pour une entreprise comme la vôtre ?

Stéphane Jeanty : Cette valeur ajoutée est avant tout technique. Dans la recherche et le développement, on a aujourd’hui beaucoup de verrous technologiques. Or, à l’heure actuelle, peu de gens savent les lever, à l’exception des docteurs. Ces derniers sont les meilleurs leviers pour trouver des solutions disruptives qui nous permettent de répondre aux besoins de nos clients, et d’inventer le monde de demain.

Chez les docteurs, nous louons la curiosité, l’envie de pousser la recherche jusqu’au bout, cette capacité à travailler en équipe : ce sont des gens qui savent se documenter, lire, questionner le monde et prendre du recul. Ils ont une facilité de rédaction qui nous est précieuse car dans l’industrie, on est amené à rédiger des cahiers des charges, des rapports : les universitaires savent naturellement très bien le faire.

Stéphane Dahan : J’ajouterai aussi la rigueur scientifique ! Les docteurs sont des experts qui peuvent devenir aussi chez nous des managers. Ils savent faire passer leur savoir-être et leur savoir-faire : ils ont le goût de la transmission, qualité essentielle pour faire un bon manager. Pour ma part, j’ai toujours trouvé que travailler avec des docteurs étaient extrêmement enrichissant !