Recherche : à l’Université de Tours, des avancées contre l’hépatite C !

25 novembre 2019

Photo : le L3 – Patrice Latron

Il est des lieux où recherche fondamentale et avancée majeure en médecine ne font qu’un. Au sein de l’unité mixte de recherche Inserm U1259 « Morphogénèse et antigénicité du VIH et des virus des hépatites », dirigée par Philippe Roingeard, à l’Université de Tours, trente-cinq personnes, biologistes, médecins, pharmaciens, donnent toute leur énergie pour contrer les virus hépatiques. L’excellence de la recherche et le remarquable travail d’équipe ont permis de mettre au point à Tours, dans les années 70, le premier vaccin contre l’hépatite B. Et aujourd’hui, celui contre l’hépatite C. Comment ce nouveau vaccin a-t-il pu voir le jour dans le Centre Hospitalo-universitaire de Tours ? Quelles sont les clés qui ont permis la découverte ? La passion du savoir, l’excellence universitaire, l’enthousiasme et la patience y sont pour beaucoup. Reportage au cœur de cette unité.

Une avancée majeure pour contrer l’hépatite C

La faculté de médecine de l’Université de Tours jouxte l’hôpital Bretonneau. L’unité du Professeur Philippe Roingeard, Professeur de biologie cellulaire à la Faculté de Médecine et praticien hospitalier au CHU de Tours, possède des locaux sur les deux sites, et pour passer de l’un à l’autre, quelques pas suffisent.
Aujourd’hui, l’équipe du Professeur Roingeard a de quoi être satisfaite : après dix années de recherche, un prototype de vaccin contre l’hépatite C fait preuve de son efficacité. Les premiers tests sur des petits mammifères sont concluants. « Le moment est venu pour nous de tester le vaccin chez un modèle primate et d’entrer dans une phase 1, celle du test sur l’homme », indique Philippe Roingeard. Le vaccin est bivalent, c’est-à-dire qu’il permet de lutter à la fois contre l’hépatite B et l’hépatite C.
Il existe aujourd’hui des antiviraux efficaces pour soigner l’hépatite C. « Mais cela ne résout pas tout : c’est un virus qui infecte de façon silencieuse le foie, et c’est au bout de 10 ou 15 ans d’infection que les gens développent des maladies graves, telles des cirrhoses et des cancers du foie », indique Philippe Roingeard. Par ailleurs, on estime aujourd’hui que seuls 5 % des porteurs chroniques du virus sont identifiés dans le monde, et donc traités. « C’est pour cela que la mise au point d’un vaccin reste importante ».

Le travail d’équipe, une des clés de cette unité

35 personnes travaillent dans le laboratoire U1259 : des médecins, pharmaciens, scientifiques, chercheurs ou enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, ainsi que des doctorants. Et 6 personnes sont dédiées plus spécifiquement au projet de vaccin contre l’hépatite C.

L’équipe se connaît bien : dans un climat calme et serein, la communication est omniprésente. « Tous les mercredis, j’organise une réunion avec l’ensemble de l’équipe. A chaque fois, une personne présente les avancées de son projet : chacun peut poser des questions, mettre éventuellement en doute certaines hypothèses de travail ». Et c’est à cette condition que l’équipe avance bien. « J’organise aussi des réunions fonctionnelles en comité plus restreint pour mettre l’accent sur un projet spécifique et l’analyser plus en détail », continue Philippe Roingeard.

Certaines personnes sont là depuis plus de 10 ans : c’est le cas de Romuald Patient qui a effectué sa thèse à l’époque sur le virus de l’hépatite B, à l’Université de Tours. « Après un post-doctorat aux États-Unis, je suis revenu sur un poste d’enseignant-chercheur. Je travaille aujourd’hui sur le projet de vaccin contre l’hépatite C et la transposition du concept de ce vaccin à d’autres modèles viraux ».

Prendre le temps de la recherche fondamentale

La recherche demande du temps long : celui dédié à la recherche fondamentale. Emmanuelle Blanchard-Laumonnier, Professeur d’Université et Praticien Hospitalier (PUPH), partage son temps entre l’hôpital, l’enseignement et la recherche dans l’équipe du Professeur Roingeard. Ces travaux de recherche ont commencé il y a presque 20 ans lors de sa thèse où elle essayait de comprendre comment ce petit virus de l’hépatite C, une fois rentré dans sa cellule cible, s’assemblait pour former de nouveaux virions. L’utilisation du microscope électronique, pièce moteur de l’unité 1259, allait lui permettre de décortiquer cette étape cruciale d’assemblage viral et apporter à l’équipe des éléments-clés pour aller plus loin sur la compréhension du cycle infectieux.
A l’époque, ce n’était que les prémices d’une recherche fondamentale sur le virus de l’hépatite C, on ne pensait pas que ces travaux pourraient évoluer vers une quête d’un vaccin.

Le microscope électronique, l’outil-pépite de l’unité

Le premier étage de l’hôpital Bretonneau n’accueille aucun patient. C’est le pôle de biologie médicale dans lequel les tissus des patients du CHU sont réceptionnés pour être analysés. On y trouve des bureaux de travail, et des laboratoires où l’on peut apercevoir les trois fameux microscopes électroniques sans lesquels aucune avancée dans le vaccin contre l’hépatite C n’aurait été envisageable. « Parce qu’il permet de visualiser avec une précision bien supérieure à celle du microscope optique, nous avons été capables d’observer la façon dont le virus s’assemblait dans une cellule », indique Emmanuelle Blanchard-Laumonnier. « Le microscope électronique est une vraie originalité au CHU et à l’université de Tours ».

Le L3, cette pièce confinée où les virus sont manipulés

L’équipe de virologie de l’unité 1259 est, quant à elle, abritée au troisième étage de l’un des bâtiments universitaires. Les chercheurs, enseignants-chercheurs et les doctorants de l’unité y effectuent leur recherche, utilisant notamment le laboratoire 3, cette pièce confinée où l’on procède à la culture, la production et la purification de virus infectieux. Le « L3 », comme on l’appelle, est une entité exceptionnelle à Tours. On y entre grâce à un code tenu secret, dans une combinaison complètement hermétique. Après avoir passé deux sas, qui permettent à la pièce de garder une atmosphère confinée, les chercheurs manipulent les virus hépatiques, notamment celui de l’hépatite C ou de l’hépatite B, ainsi que le VIH. Les tissus des petits mammifères qui participent aux tests sont analysés et les virus sont mis en culture dans les incubateurs. C’est dans le L3 que les analyses ont été effectuées pour établir la preuve de concept du vaccin contre l’hépatite C, montrant qu’il était tout à fait prometteur.

« Aujourd’hui, on travaille à l’amélioration de la composition exacte du vaccin, à sa dose administrable et à la stratégie de vaccination pour le rendre encore plus efficace », indiquent Elodie Beaumont, ingénieure de recherche et Elsa Gomez, doctorante, qui travaillent activement sur cet aspect du projet.

Si l’unité 1259 ne cesse de faire avancer la science, les protagonistes insistent sur la nécessité d’augmenter les moyens financiers et humains « Nous aurions besoin d’engager des ingénieurs entièrement dédiés à la recherche, et des aides pour les tâches administratives qui ne cessent de monter en puissance ». C’est à ce prix que les unités mixtes de recherche pourront continuer d’assurer leurs missions.

Cette demande sera au cœur des débats qui animeront, dans les mois à venir, les discussions autour de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. « La recherche n’est pas un investissement comme un autre. (…) C’est en effet une cause d’intérêt général que nous défendons, pleinement conscients de notre responsabilité dans une société de l’innovation permanente », indique Gilles Roussel, président de la Conférence des présidents d’université.

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