Quand notre humeur est au beau fixe

7 août 2019

De nombreuses études le montrent : le soleil nous rend de bonne humeur. Mais quelle en est la raison ? Et pourquoi 15 % des personnes y restent-elles insensibles ?

« Se faire une place au soleil », « le soleil brille pour tout le monde », ou encore une personne vue comme « un rayon de soleil » : les expressions liées à notre astre le montrent comme une source de bienfaits, une présence bénéfique et généreuse. Mais est-ce vraiment ainsi que nous le ressentons ? « Oui, affirme Nicolas Guéguen, professeur en sciences du comportement à l’université de Bretagne Sud à Vannes. Notre environnement, et notamment le soleil, nous influence. Lorsqu’il fait beau, les gens sourient plus. La simple annonce du beau temps, avant même qu’on le ressente, a un effet sur l’humeur. » Le soleil est vu positivement dans toutes les civilisations, il est d’ailleurs un dieu dans la plupart des religions polythéistes.

Le beau temps nous rend altruistes

L’influence bénéfique du soleil sur notre moral semble évidente à la plupart d’entre nous, mais il restait à le prouver. C’est chose faite, grâce à de nombreuses études de psychologie sociale menées dans le monde entier. Par exemple, des chercheurs se sont promenés en laissant tomber un objet et en faisant mine de ne pas s’en apercevoir. Lorsqu’il fait beau, ils sont davantage interpelés par les passants qui leur signalent l’objet tombé. D’une manière générale, nos comportements sont plus altruistes lorsqu’il fait beau. Ce qui mène à des comportements paradoxaux, comme le fait de moins prendre des autostoppeurs lorsqu’il pleut, alors que c’est à ce moment qu’ils en auraient le plus besoin !

Décisions influencées

Toutes les expériences vont dans le même sens. Les présentateurs météo sont vus comme plus sympathiques lorsqu’ils prévoient du beau temps. Les serveurs qui annoncent qu’il fait un temps ensoleillé reçoivent davantage de pourboires. On donne plus d’argent aux mendiants, on a davantage de pensées positives, on sourit plus… Même les décisions sensées être plus rationnelles et importantes, comme les recommandations à un candidat, les questions d’un jury ou le choix d’une université, dépendent un peu de la météo.

Cet effet positif du soleil est d’autant plus fort après une longue période maussade ou pluvieuse, lorsque le soleil vient brusquement rompre cette grisaille. Dans les pays proches des pôles où le jour est très long à certaines périodes, on observe même des effets délétères de trop de lumière. La température joue un rôle beaucoup moins important, sauf en cas d’excès : la canicule ne nous rend pas joyeux !

Soleil et dépression

Cependant, ces effets ne sont pas les mêmes pour tous. « On estime qu’environ 15 % de la population n’est pas sensible à l’ensoleillement, indique Nicolas Guéguen. On n’en connaît pas bien la raison.  Peut-être est-ce lié à des syndromes dépressifs, car les personnes dépressives sont très peu sensibles à leur environnement. »

Pour mieux comprendre le lien entre le soleil et notre humeur, voire notre santé, Nicolas Guéguen préconise des études encore plus précises, mesurant notre physiologie au jour le jour, et en la reliant à la météo. Notre tension artérielle, nos taux d’hormones et d’autres paramètres sont de très bons indicateurs de la manière dont nous ressentons notre environnement.