Quand les trottinettes révolutionnent nos déplacements

13 mars 2019

L'instant recherche

Les trottinettes et autres véhicules individuels, électriques ou non, se sont invités dans nos villes, pour le meilleur et pour le pire. Il est urgent que les pouvoirs publics s’y intéressent.

Pour se déplacer, les citadins ont l’embarras du choix. Aux classiques voitures, transports en commun, marche à pied et vélos sont venus s’ajouter une foule de nouveaux moyens de déplacement : trottinettes, skate,  monoroues (roue électrique sur laquelle on se juche), gyropodes (sans manche ou avec comme le Segway)…  Ces nouveaux modes de déplacement se répandent, notamment ceux électrifiés, posant de nouvelles questions sur le partage de l’espace public, et sur le rôle de ces véhicules dans les déplacements.

Désert législatif

Les petits véhicules personnels électriques n’existent pas dans le code de la route. La trottinette est considérée comme un jeu d’enfant, donc autorisée sur les trottoirs. Quant aux monoroues et trottinettes électriques, une fiche pratique du ministère de l’intérieur rappelle qu’elles sont  interdites à la fois sur la route et sur les trottoirs… une position intenable au vu des usages ! Aujourd’hui, « les conducteurs de ces petits véhicules préfèrent la chaussée, car c’est plus efficace, observe Jérôme Monnet, géographe et urbaniste, professeur à l’université Paris-Est Marne-la Vallée. Ils roulent à la vitesse moyenne de déplacement dans une ville dense, soit 18 km/h. »

De plus, la vitesse de ces véhicules les rend souvent peu adaptés aux trottoirs, où ils risquent de percuter les piétons plus lents. Malheureusement, on ne dispose pas de données sur ces accidents, puisque seuls les dommages corporels sur la route sont répertoriés. Pour les assurances, une collision sur un trottoir est un « accident de la vie courante » et non un accident de circulation. Les trottoirs subissent également le stationnement anarchique de certaines trottinettes en location en libre service.

Alliés des transports en commun

Pourtant, ces « micro-véhicules portables » comme les appelle Jérôme Monnet, ont un rôle extrêmement important comme prolongement des transports en commun. « Ils sont facilement transportables, et sont déterminants pour la planification des transports, observe le chercheur. Les gens acceptent de faire 15 minutes à pieds jusqu’à une gare. Si on remplace la marche par ces véhicules, le nombre d’habitants desservis par une gare est multiplié par quatre ou cinq ! »

Alors qu’un projet de loi « d’orientation des mobilités » doit être discuté au printemps, les pouvoirs publics devraient s’intéresser à ces nouveaux modes de déplacement plutôt que de les ignorer. En sévissant sur le stationnement sauvage des trottinettes, en organisant la recharge de celles-ci sur des bornes spécifiques, et en favorisant le déplacement de tous les engins roulants sur la route. Mais avant tout, il faudrait mieux connaître tous ces usages, donc financer des recherches questionnant les utilisateurs. Car « ces nouveaux véhicules portables sont un magnifique atout pour la mobilité du futur », rappelle Jérôme Monnet.

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