Processus de Bologne : le rapport Trends 2015 dessine un horizon pour le système universitaire européen

19 octobre 2015

CPU Infos

Septième édition du rapport Trends : le 14 octobre dernier, Lesley Wilson, Secrétaire Générale de l’EUA et Andrée Sursock, ancienne Secrétaire Adjointe de l’EUA, ont présenté dans les locaux de la CPU l’étude visant à analyser, au niveau européen, la mise en place et les impacts du processus de Bologne sur les différents systèmes nationaux d’enseignement supérieur ces 5 dernières années. Pour le site de la CPU, elles reviennent sur l’édition 2015 qui pointe du doigt les convergences et les divergences entre les différents systèmes et apporte des éléments de réflexion pour la poursuite du processus de Bologne.

CPU : Quels sont les objectifs et les enjeux de la réalisation de ce rapport ?

Andrée Sursock : Comme pour les éditions précédentes, le rapport Trends 2015 reflète la perception des établissements d’enseignement supérieur de leur environnement. Cette édition s’est basée sur les réponses de 451 établissements issus de 46 pays différents. L’objectif : établir une cartographie des activités liées à la formation en Europe. En publiant Trends 2015 au moment de la conférence interministérielle à Erevan (Arménie) au mois de mai dernier, nous avons souhaité apporter des éléments de réflexion pour la poursuite du processus de Bologne.

Lesley Wilson : Ce rapport est le septième de la série. Cette fois-ci, pour souligner l’importance accordée à la problématique universitaire, nous avons élargi le champ de l’enquête à d’autres aspects liés à la formation : je pense notamment à l’internationalisation, à l’enseignement à distance, à la gestion des carrières des universitaires et au lien entre la formation et la recherche.

Quelles évolutions marquantes le rapport 2015 met-il en lumière par rapport aux rapports précédents ?

LW : La grande majorité des questions que nous avons posées étaient nouvelles. En fonction des zones géographiques, nous avons constaté certaines divergences marquantes :
– Tout d’abord, l’impact de la crise économique et du vieillissement de la population a été plus négatif en Europe de l’Est qu’en Europe de l’Ouest, ce qui augmente le risque de creuser un fossé dans l’Espace européen de l’enseignement supérieur.
– Par ailleurs, on sent de plus en plus de divergences dans les politiques nationales en matière d’enseignement et de recherche. Celles-ci allaient davantage dans la même direction en Europe jusqu’en 2010. Depuis, on sent un affaiblissement de l’influence de la Commission Européenne.

AS : Cela dit, malgré les divergences de contexte, nous constatons des convergences sur beaucoup d’aspects liés à la formation. Je pense notamment à l’importance accordée par tous à la qualité de la formation (y compris dans les universités à fort profil de recherche), avec une volonté de développer une « approche centrée sur l’étudiant ».

Quels éléments pourraient être mis en avant pour faire évoluer, à terme, le processus de Bologne ?

AS : Le rapport met en avant trois pistes : l’importance accordée par tous les établissements à l’assurance qualité, l’internationalisation et le développement de l’E-Learning. Il faut continuer à progresser sur ces trois chantiers et s’assurer que les structures organisationnelles de l’Université et les politiques de ressources humaines soient bien adaptées aux changements que l’on perçoit dans l’Enseignement supérieur.

LW : Nous espérons que le monde universitaire, et surtout les universités françaises, contribueront au débat sur le développement futur du processus de Bologne en proposant des thèmes qui leur paraissent prioritaires d’autant plus que la France porte le processus de Bologne jusqu’en 2018. [La France s’est en effet vue confier la responsabilité de l’organisation de la prochaine réunion interministérielle de 2018]. Cet engagement inclut également une responsabilité française pour la préparation du « Bologna Policy Forum » en 2018, un évènement important qui accompagne chaque réunion ministérielle. Il s’agit d’aller au-delà des pays intégrés dans le processus de Bologne et de promouvoir une discussion avec des représentants des gouvernements et des partenaires universitaires d’autres régions du monde.

Comment les présidents d’université peuvent-ils utiliser les résultats de ce rapport dans la définition de leur politique d’établissement ?

AS : Ce rapport a été conçu comme un outil de « benchmarking » afin de permettre aux présidents d’université et à leurs équipes d’apprécier le positionnement de leur institution dans un contexte européen. C’est pourquoi le rapport est très détaillé. Il présente et analyse beaucoup de données qui peuvent être précieuses pour les universités.

LW : Pour la France, l’EUA a recueilli 18 questionnaires Trends complétés par des universités. C’est relativement peu par rapport à l’Allemagne (49 réponses) ou à l’Italie (40 réponses). Nous espérons que la lecture de ce rapport encouragera nos universités membres à continuer de participer aux travaux de l’EUA. Ainsi par exemple, nous relançons notre étude sur l’autonomie des universités en Europe et nous appelons de nos vœux une bonne implication de la France dans ce projet.

Consultez le rapport Trends 2015 sur le site de l’EUA

Téléchargez la présentation faite par Andrée Sursock, le 14 octobre 2015, à la CPU

La France : une exception sur certains points

Le rapport met en évidence un certain nombre de divergences entre la France et les autres pays européens, parmi lesquelles :

– Une moindre appréhension pour les classements mondiaux et européens ;
– Une moindre concurrence avec les autres institutions d’enseignement supérieur ;
– Une importance plus forte accordée au partenariat avec la région (autres universités, communauté locale, employeurs) ;
– Une évaluation moins régulière des enseignements universitaires ;
– Une faible vérification de la qualité des enseignements délivrés ;