Plan de relance européen : l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation, les laissés-pour-compte des négociations

24 juillet 2020

La Conférence des Présidents d’Université déplore qu’à l’issue des négociations sur le budget européen pour les sept prochaines années, l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation soient pour la première fois en recul historique par rapport à la période actuelle, loin des ambitions de souveraineté européenne, indissociables d’un investissement croissant dans la recherche et l’innovation.

Jusqu’à présent, l’existence au sein du plan de relance d’une ligne de 13,5 Mds € directement affectée à Horizon Europe pouvait donner l’illusion que le budget global en R&D, certes déjà très en deçà des 120 Mds préconisés dans le rapport Lab-Fab-App de Pascal Lamy puis par le Parlement européen, était préservé à une hauteur acceptable à défaut d’être satisfaisante.

La fiction a volé en éclats ce week-end puisque seulement 5 Mds € subsistent des 13,5 Mds € initialement envisagés. Le volet santé du plan de relance (EU4Health), qui passe de 9,4 Mds €  à 1,6 Md €, est la principale victime de cette redistribution, jetant de ce fait un doute profond sur la volonté des Etats-membres de donner à l’Europe les moyens d’assumer une véritable autonomie en matière de santé publique.

Plus globalement, à un moment où les bénéfices de la R&D pour les citoyens n’ont jamais été plus évidents, et où les attentes de la société en matière de retombées de la science sur les territoires sont de plus en plus élevées, le plafonnement d’Horizon Europe à 75,9 Mds € au sein du cadre financier pluriannuel, un niveau historiquement bas, met en péril aussi bien la recherche fondamentale que la recherche par défis.

Un constat similaire s’impose à propos du programme Erasmus +. En le ramenant à 21,2 Mds €, soit une baisse de près de 15% par rapport à la dernière proposition de la Commission (24,6 Mds €), l’Europe ne se donne pas la possibilité de financer la mobilité à une hauteur suffisante pour permettre d’accompagner, notamment, le développement des 41 universités européennes qui ont récemment vu le jour.

La Conférence des Présidents d’Université a de longue date souligné le besoin d’Europe dont témoignent tous les acteurs de l’ESRI en France, en particulier les universités. Il apparaît dès lors d’autant plus paradoxal qu’au moment où se met en place un très ambitieux plan de relance, on assiste à une réduction sans précédent des budgets qui incarnent au premier chef le développement de la connaissance, la création de nouvelles compétences, et partant les moyens de la souveraineté européenne.

La CPU demande en conséquence que l’on revienne à l’occasion des débats au Parlement européen à un niveau au moins équivalent à la proposition de la Commission européenne en mai dernier, soit un chiffrage situé entre 90 et 100 Mds €. Ce serait envoyer à la communauté européenne de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation tout autant un message de cohésion qu’un signal politique fort de confiance en la capacité de la science à améliorer durablement les conditions de vie et le bien-être de centaines de millions de citoyens.