Philippe Le Bouteiller : « les pieds sur terre et la tête dans les étoiles »

26 juin 2018

CPU Infos

Crédits photo : MT180 CPU-CNRS

Il est le grand gagnant de la finale nationale du concours « Ma thèse en 180 secondes », qui a eu lieu à Toulouse, le 13 juin dernier. 1er prix du jury et prix du public, il n’en fallait pas moins à Philippe Le Bouteiller, doctorant à l’Université Grenoble Alpes, pour rendre hommage aux ondes sismiques, élément de compréhension de ce qui se passe sous nos pieds. Avec brio, il a su conquérir le cœur des 850 personnes rassemblées au théâtre de la Cité de Toulouse. Portrait d’un doctorant en géophysique dont l’excellente prestation est à l’image de son parcours.

Les équations mathématiques pour comprendre la terre

« Approche eulérienne de l’équation de Hamilton-Jacobi par une méthode Galerkin discontinue en milieu hétérogène anisotrope. Application à l’imagerie sismique » ! Un éclat de rire général parcourt la salle à l’énoncé de l’intitulé de la thèse de Philippe. « Les gens se disent qu’ils n’y comprendront rien. Pourtant, rendre accessible la science me semble fondamental pour la société. C’est ainsi que je voulais expliquer les enjeux de mon travail ».
En mêlant humour, poésie, et références culturelles, il a donné à voir de quelle façon les ondes sismiques pouvaient nous donner des informations sur les couches terrestres grâce à « des codes de calcul haute performance » qui permettent une précision « 1000 fois supérieure aux méthodes de calcul déjà existantes » : des clés pour mieux comprendre les risques naturels majeurs liés aux séismes ou aux volcans, et pour anticiper la disparition des ressources naturelles stratégiques.

Quand la recherche fondamentale finit par manquer

Après avoir grandi à Rennes, Philippe fait ses études à l’école Polytechnique, puis à l’école des Mines. Il y suit le parcours « géosciences », qui lui donne le goût de la géophysique. Ses études terminées, il travaillera pendant quatre ans dans l’industrie : « A ce moment-là, je n’avais pas encore envie de faire de la recherche. Je suis donc parti travailler dans les métiers de l’eau, dans l’Ouest de la France », indique-t-il. « Ma mission était très opérationnelle et je me suis assez vite rendu compte que la physique et les mathématiques me manquaient ». Qu’à cela ne tienne, Philippe opère un changement de cap. Direction Grenoble pour effectuer sa thèse… « Mon projet a été préparé et réfléchi. J’avais l’intuition que cela allait m’ouvrir des portes… »

La tête dans les étoiles et les pieds sur terre

C’est la première phrase de sa prestation lors du concours MT180. C’est aussi une bonne expression qui caractérise ce que Philippe porte en lui. Il choisit la géophysique comme matière, car pour lui, celle-ci oscille entre deux pôles complémentaires : l’aspect concret car l’objet n’est rien moins que la terre sur laquelle on marche, et l’aspect théorique, car les équations mathématiques sont nécessaires à la compréhension de cet objet. « J’aime cette dualité qui permet de réconcilier à la fois ce que j’ai fait pendant mes études et une envie de trouver une application concrète à mes travaux ». De même, « dans ma prestation, j’utilise le rêve et la poésie. Et en même temps, je tente toujours de revenir à des choses très concrètes. Cette dualité, je la porte en moi ».

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement »

Depuis deux ans et demi, Philippe travaille à sa thèse. Il aborde à présent la dernière ligne droite : la rédaction. Sa participation aux Doctoriales de l’université Grenoble Alpes lui donne envie d’explorer plus avant la médiation scientifique. « Je me suis rendu compte que lorsque je connaissais bien mon sujet, j’avais plaisir à le restituer ». Et « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement », pour reprendre les propos de Nicolas Boileau. « Ma thèse en 180 secondes » était donc faite pour lui.
En s’inscrivant à ce concours, il se lance un défi. « Je n’avais jamais fait de théâtre. L’exercice ne m’était pas naturel ». Deux motivations l’animent : celle de « sortir de sa zone de confort », et de montrer au grand public le côté très concret de ce qui se fait dans les laboratoires.

De l’art de se prendre au jeu

« J’avais entendu parler du concours. Mais je ne m’attendais pas à une telle aventure. Jamais je n’aurais pensé aller aussi loin », indique-t-il avec humilité. Pour se préparer, il travaille pendant des mois sur les mots, les phrases, les tournures de son texte. Une fois le texte consolidé, il travaille avec son formateur sur la forme, la gestuelle. « Celui-ci m’a donné de vraies clés, notamment l’importance d’arriver « pétillant » sur scène. La disposition d’esprit au début de la prestation est primordiale. L’envie d’aller sur scène et le plaisir qu’on y prend sont fondamentaux ». Au fur et à mesure des tours, Philippe se prend complètement au jeu.

La finale internationale : une « pause rafraichissante » dans la rédaction de sa thèse

Il doit s’atteler à présent à la rédaction de son travail de recherche. Si la finale internationale qui se tiendra à Lausanne, le 27 septembre prochain, lui semble encore un peu loin, il y pense tout de même : « je sais déjà que je changerai quelques petites choses dans mon texte. Mais je ne me mets pas de pression dans l’immédiat ». Cette finale sera une « pause rafraîchissante » au milieu de la rédaction de sa thèse. Et une « expérience incroyable de nouveau », il en est certain. « Je suis heureux et honoré de représenter la France ». On lui souhaite bonne chance…

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