Patrimoine universitaire : pour Laurent Brizzi, la dévolution est « une contrainte positive »

Le 8 mars dernier se tenait, dans les locaux de la Caisse des Dépôts, le séminaire « Les enjeux du patrimoine universitaire : risques et opportunités ». Organisé par le bloc local rassemblant les associations des collectivités locales (France Urbaine, AVUF, FNAU et AdCF), la CPU, et la Caisse des Dépôts, cet évènement visait à identifier les conditions d’un partenariat profitable entre les universités et les collectivités locales sur les questions foncières et immobilières à un moment où l’Etat relance le sujet de la dévolution du patrimoine aux établissements universitaires. Laurent Brizzi, Vice-président de l’université de Poitiers, présentait le matin l’expérience de son université en mettant en lumière l’importance de la transmission du patrimoine, effective à Poitiers depuis 2013, à la fois pour le territoire mais aussi pour l’établissement. Un exposé captivant dont il nous livre, dans l’entretien ci-dessous, les quelques éléments-clés.

CPU : L’université bénéficie de la dévolution effective de son patrimoine depuis 2013. Quel impact et quels bénéfices sur la stratégie du patrimoine ? Et si c’était à refaire, quelles préconisations ?

Laurent Brizzi : Effectivement depuis plus de 4 ans l’Université de Poitiers bénéficie de la dévolution du patrimoine. Ce changement radical va, dans un avenir proche, modifier pour toujours l’image de l’Université. La stratégie immobilière impose de faire des choix, la dévolution nous permet de les réaliser. La dévolution est une « contrainte positive » puisqu’elle nous oblige à avoir une stratégie sur le long terme, à 25 ans. Mais surtout, elle permet une véritable politique pluriannuelle sur dix ans. Cette façon de penser les investissements a la vertu de nous aider à penser d’autres questions de la même façon, en particulier les investissements informatiques ou de recherche.

Avec cinq ans de recul, le retour d’expérience montre que la connaissance de l’Etat de son patrimoine est l’un des paramètres clefs d’une bonne stratégie immobilière. Cette connaissance permet d’établir, à partir d’une situation saine, la meilleure stratégie de développement.

Quelles actions concrètes ont été menées pour faire de l’université de Poitiers un véritable « éco-campus » ?

Dès le début de la dévolution, il a fallu définir les grandes orientations concernant l’immobilier (PPI à 25 ans) (1) et donc les grandes orientations que l’on voulait donner pour l’avenir de notre université. Rapidement, le choix politique s’est porté vers l’élaboration d’une stratégie globale reposant sur le DDRS (Développement Durable et Responsabilité Sociétale). Pour réussir, le développement durable doit être envisagé comme un tout : des connaissances (savoirs), des compétences (savoir-faire) et bien sûr un environnement adapté. Notre choix s’est rapidement porté sur la notion de démonstrateurs illustrant le potentiel du développement durable et mettant en évidence les bienfaits de cette orientation pour la communauté (et pas seulement universitaire). Pour exemple, une des actions phare a été la construction d’une chaufferie biomasse en 2015. Cette réalisation nous a permis d’atteindre immédiatement nos objectifs LTECV (2) de réduction de gaz à effet de serre et de réaliser plusieurs centaines de milliers d’euros d’économie sur notre facture de chauffage qui ont pu être immédiatement réinvestis en fonctionnement pour d’autres actions de sobriété énergétique.

En complément, les exemples concrets sont nombreux pour illustrer cette vision globale : tous les bâtiments sont accessibles aux personnes handicapées moteur, nous avons équipé un amphithéâtre à la faculté des Sciences du sport pour tous types de handicap, stratégie immobilière accompagnée par un accueil dédié aux étudiants handicapés. Autre exemple, la rénovation des façades de bâtiments des années 1970 dans un souci d’une part d’amélioration des conditions de travail des personnels Biatss, enseignants et étudiants et, d’autre part, de réduction des coûts énergétiques. Par ailleurs, nous finalisons un schéma directeur DD avec un programme multiple d’actions concrètes pour réduire, par exemple, l’utilisation de la voiture individuelle.

Comment les collectivités sont-elles parties prenantes de la transformation du campus ?

L’université de Poitiers possède plusieurs particularités qui, bien que n’étant pas un cas unique en France, lui confèrent une certaine originalité. Il s’agit d’une université inscrite dans le temps long de la ville de Poitiers (1431) qui s’est créée puis développée au cours des siècles en symbiose avec la ville. Depuis longtemps l’université accompagne la ville dans son développement économique, social, culturel. Elle est un partenaire clef de ce développement et fait partie de ces universités au cœur des cités (3) .

Le lien que l’université a tissé avec la ville (mais aussi les autres collectivités) a permis de mettre en place un développement harmonieux des campus permettant à Poitiers de se classer depuis plusieurs années parmi les meilleures villes moyennes où il fait bon étudier (4).

Ce partenariat avec les collectivités a été amplifié par la dévolution, puisque l’université a gagné en autonomie. Cela se traduit concrètement par la mise en commun des savoirs et des expertises de chaque institution. Ces relations ont été formalisées dès 2014 par l’élaboration de trois schémas locaux de l’enseignement supérieur avec les trois communautés d’agglomération d’Angoulême, Niort et Poitiers et les trois Conseils départementaux. Ce schéma pluriannuel conforte les liens entre l’université et les collectivités territoriales dans trois domaines : la vie étudiante, les relations entre nos laboratoires et les entreprises et la stratégie immobilière sur chaque site en relation avec la stratégie urbaine.

(1) : Programme Pluriannuel d’Investissement
(2) : Objectif de la Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV)
(3) : Poitiers fait partie du réseau COIMBRA qui regroupe les plus anciennes universités d’Europe (non capitale) et lors de sa dernière AG organisée à Poitiers a retenu le thème « University in the city »
(4) : 10ème au palmarès (Source l’étudiant 2016-2017)

Consultez l’ensemble des présentations réalisées lors du séminaire du 8 mars sur le site de l’Avuf

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