Parcoursup : une plateforme « nécessaire » et « perfectible » pour François Germinet

Mise en place pour la première fois cette année, en remplacement de la plateforme APB, Parcoursup a déjà permis à trois quarts des lycéens de recevoir une première proposition d’admission. Quelques mois après son lancement, François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise et président de la commission de la Formation et de l’Insertion professionnelle de la CPU, revient sur les forces et les faiblesses du dispositif. Il prône la mise en place d’un comité de suivi de Parcoursup, condition d’amélioration de la plateforme pour les années à venir.

CPU : Quelles sont les phases du processus Parcoursup que les lycéens doivent suivre ?

François Germinet : Pour espérer s’inscrire dans une université, il y a plusieurs actions indispensables à effectuer sur la plateforme Parcoursup :

La phase de construction du dossier
Après la phase d’orientation des élèves qui a lieu dans les lycées, en décembre et en janvier, les élèves ont été invités à saisir leurs vœux sur la plateforme, du 22 janvier au 13 mars : c’est la phase d’inscription et de création du dossier de candidature par les futurs étudiants.
Ces dossiers sont ensuite transmis aux universités qui les étudient, les classent sur la base des attendus de la formation choisie et indiquent leur réponse sur la plateforme.

La phase d’affectation
La phase d’affectation des futurs bacheliers au sein des établissements d’enseignement supérieur a commencé depuis le 22 mai. Le lycéen qui a reçu plusieurs réponses positives sur la plateforme peut :
– soit accepter définitivement l’une des propositions qui lui a été faite, ce qui annulera toutes les autres propositions et libèrera des places pour les élèves en attente ;
– soit valider une proposition et attendre la réponse d’une formation pour laquelle il est en attente. Cette étape se prolongera jusqu’au 5 septembre.

La phase complémentaire
A partir du 26 juin, débute la phase dite « complémentaire ». Les élèves dont les choix n’ont pas été satisfaits, peuvent formuler de nouveaux vœux. Ceux-ci seront ensuite examinés par les universités en lien avec les rectorats.
A noter également, depuis la fin du mois de mai, une commission régionale d’accès à l’enseignement supérieur a été mise en place par les recteurs en lien avec les acteurs de l’enseignement supérieur du territoire pour étudier le cas des élèves ayant essuyé uniquement des refus. Il s’agit de postulants qui, à ce jour, n’ont fait que des demandes au sein de filières sélectives (BTS, classes préparatoires, IUT). Leur dossier remonte donc à la commission régionale dès lors qu’ils la saisissent.
Trois dispositifs fonctionnent donc en parallèle : le dispositif Parcoursup d’affectation en fonction des vœux, la commission régionale et enfin la phase complémentaire qui débute à la fin du mois de juin.

Quel est le sentiment des présidents d’université à propos de cette réforme ? Comment s’est passée la gestion de Parcoursup en interne ?

Les présidents s’accordent à dire que cette réforme était nécessaire, qu’elle a été mise en place au pas de charge et qu’elle est perfectible.

Nécessaire car la politique d’affectation dans le Supérieur, avec l’ancienne plateforme APB, avait un côté inhumain et inéquitable, notamment avec des affectations à l’aveugle et parfois le recours au tirage au sort, lorsque les places dans les filières en tension venaient à manquer. De plus, les élèves avaient moins de liberté et de choix parmi les réponses positives qui leur étaient offertes.

La réforme a été mise en œuvre très rapidement aussi bien dans les lycées que dans les universités.
– Dans les lycées, il a fallu doubler le nombre professeurs principaux pour guider les élèves dans l’élaboration de leur fiche Avenir. Les proviseurs ont été également sollicités car ils avaient la lourde charge de finaliser la fiche Avenir de chaque élève, et ce, pour chaque vœu émis.
– Pour les universités, il a fallu définir les attendus nationaux, les adapter à la situation locale, monter au plus vite les commissions d’examen des vœux, paramétrer le module d’aide à la décision au sein de Parcoursup pour ceux qui en avaient besoin et examiner un nombre très conséquent de dossiers.

Et perfectible
La CPU prône la mise en place d’un comité de suivi de Parcoursup qui soit à la fois politique et technique avec des représentants des acteurs qui sont directement en prise avec ce processus d’orientation et d’affectation. Ce comité aurait pour fonction d’analyser le fonctionnement de la plateforme avec ses succès et ses points faibles pour faire des propositions d’évolution. Quels ont été les taux de boursiers ? Les taux d’affectation hors secteur ? Comment mieux adapter cela pour l’année prochaine ? Voici des questions qu’il serait bon de se poser. Mais attendons le mois de septembre, le temps de laisser le processus aller jusqu’à son terme.

Selon vous, dans quelle mesure la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (ORE) adoptée en février dernier permettra-t-elle de réduire le taux d’échec en 1re année de licence?

Plusieurs éléments dans la loi devraient concourir à réduire le taux d’échec en première année :
– Grâce à la plateforme Parcoursup, les étudiants sont bien mieux informés de ce qu’on attend d’eux dans une filière générale à l’université. C’est, en effet, dans les filières générales que le taux d’échec est le plus important et que les problèmes d’orientation sont les plus criants. La mise en place d’ « attendus » permet aux futurs étudiants de connaître les exigences de la filière et de postuler en connaissance de cause.
– Cette année, pour la première fois, les enseignants vont avoir accès aux dossiers. C’était nécessaire lorsqu’on sait que cette pratique se fait à l’entrée de toutes les autres filières de l’enseignement supérieur (BTS, IUT, double licence, classes préparatoires, écoles d’ingénieurs…). Au sein de la commission d’examen des vœux, les enseignants ont la possibilité d’envoyer deux réponses : un « oui » si l’étudiant satisfait aux attendus et détient toutes les chances de réussite ; un « oui si », qui signifie que l’étudiant peut entrer dans la filière à la condition de suivre un parcours de formation personnalisé (des modules adaptés, par exemple).

On est ainsi dans une démarche de responsabilisation des étudiants et des équipes pédagogiques. Lorsque ces dernières prennent la responsabilité de retenir un dossier, elles considèrent, en effet, que le futur étudiant a toutes les chances de réussir et qu’il sera accompagné en ce sens.
Enfin, « l’arrêté licence » devrait arriver prochainement. Il permettra aux étudiants de personnaliser leur parcours et de le construire avec plus de souplesse.

Je voudrais conclure en disant que nous ne sommes qu’au début du processus. Il faudra attendre trois à quatre ans pour que le dispositif porte pleinement ses fruits et pour que l’on observe une baisse significative de l’échec en première année.

Les ressources financières mises à disposition des universités seront-elles suffisantes pour faire face à la mise en place de la loi ORE et à l’augmentation des étudiants à la rentrée prochaine ?

L’Etat a mis des moyens supplémentaires. Cela est indéniable ! Mais ces moyens sont insuffisants et arrivés au compte-gouttes, ce qui nous empêche d’avoir à ce jour une vision complète de l’enveloppe budgétaire à disposition des universités pour l’année prochaine. Par ailleurs, nous ne savons pas encore quelle partie de ces moyens sera pérennisée pour les années futures.
Enfin, aujourd’hui une nécessité s’impose : celle de diversifier l’offre de formation pour des publics toujours plus variés et avec des besoins pédagogiques spécifiques en vue d’une bonne professionnalisation. Et cela a un coût. La CPU est particulièrement attentive à ce sujet.

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