Notre-Dame de Paris, emblème de l’architecture gothique

28 mai 2019

L'instant recherche

La plus visitée des cathédrales françaises, Notre-Dame de Paris, a été construite au milieu de l’âge d’or de l’architecture gothique, dont elle est une des plus emblématiques.

« Chef d’œuvre de l’art gothique », « joyau de l’architecture gothique ». Après l’incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019, les journaux n’ont pas manqué de rappeler que cet édifice est un des emblèmes de ce style architectural, qui s’est répandu en France principalement entre le milieu du XIIe siècle et le milieu du XIIIe siècle. Et si elle n’est ni la première ni la plus grande des cathédrales gothiques, elle en est une des plus belles représentantes.

Lumière et régularité

« L’architecture gothique est née au cœur du domaine royal au milieu du XIIe siècle, rappelle Denise Borlée, maître de conférences en histoire de l’art médiéval et chercheuse au sein du laboratoire « Arts, civilisation et histoire de l’Europe » de l’université de Strasbourg. Le premier édifice reflétant ce nouveau style est l’église abbatiale de Saint-Denis, près de Paris. Le massif de façade, consacré en 1140, puis le chœur achevé en 1144 présentent des caractéristiques reprises par la suite. Aux portails occidentaux, les sculptures occupent de plus en plus de place alors qu’apparaissent les premières statues-colonnes, une nouveauté de l’époque gothique ».

L’utilisation de plus en plus systématique d’arcs brisés et de croisées d’ogives permet d’accroître la hauteur des édifices et donne une grande régularité à la structure par la répétition de travées identiques. « On observe une recherche de lumière et de régularité, qui s’accentue par rapport à la période précédente, une volonté de jouer avec les pleins et les vides, les parties sombres et éclairées, explique Denise Borlée. Les murs s’effacent et s’ouvrent au maximum, au profit notamment de grandes fenêtres qui se parent de vitraux dont la superficie augmente considérablement. » La redécouverte, au cours du XIIe siècle, d’auteurs antiques comme Aristote insuffle un nouvel esprit en favorisant les progrès d’une dialectique rationnelle. L’architecture des églises doit alors refléter l’ordre divin, d’où la régularité et la recherche de lumière.

Lutte de prestige

Petit à petit, ce nouveau style se diffuse dans toutes les cathédrales qui sont tour à tour reconstruites, souvent après un incendie (déjà !). D’abord à la cathédrale de Sens, dont la construction démarre vers 1130, pour s’achever en 1164 pour la nef et le chœur. Sens était alors le siège de l’archevêché dont dépendait le diocèse de Paris, capitale du royaume. Une lutte de prestige semble s’engager, chaque évêque s’efforçant de faire construire la plus gigantesque et la plus belle cathédrale. La première pierre de la construction de Notre-Dame de Paris est posée en 1163 par le Pape Alexandre III, à l’emplacement d’une cathédrale mérovingienne plus petite. La façade occidentale est achevée en 1220.

Notre-Dame de Paris est alors la plus haute cathédrale jamais construite, avec une hauteur sous voûte de 35 mètres. Mais elle ne le reste pas longtemps : après un incendie, la cathédrale Notre-Dame de Chartres est reconstruite au tournant du XIIIe siècle, plus haute encore. Puis s’élèvent celles de Reims, et d’Amiens, elles aussi monumentales. En à peine un siècle, la plupart des grandes cathédrales du nord de la France sont achevées ou en voie d’achèvement.

Bouillonnement culturel

L’époque est propice à ces chantiers de grande ampleur : renforcement du pouvoir royal, stabilité politique, croissance économique et démographique, progrès techniques, notamment dans le travail du fer (les socs de charrue et les outils pour tailler la pierre notamment deviennent plus performants) et augmentation rapide de la population des villes. Enfin, la création d’écoles épiscopales ou collégiales et de l’université de Paris au début du XIIIe siècle offre un bouillonnement intellectuel et culturel très favorable.

Si l’on reconnaît au premier coup d’œil l’architecture gothique, elle n’est pas pour autant standardisée. « Dans chaque cathédrale, mais aussi dans chaque église gothique, on retrouve l’esprit du maître d’œuvre et du commanditaire, souligne Denise Borlée. L’architecture gothique est pleine de subtilités, propres à chaque édifice. Chaque monument est unique. »

 

Pour en savoir plus :
Dieter Kimpel et Robert Suckale, L’architecture gothique en France 1130-1270, Paris, Flammarion, 1990.
Jean-Michel Leniaud et Philippe Plagnieux, La basilique Saint-Denis, Paris, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2012.
Dany Sandron et Andrew Talon, Notre-Dame de Paris. Neuf siècles d’histoire, Paris, Parigramme / Compagnie Parisienne

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