[Newstank] PPL sur l’enseignement des enjeux climatiques : « L’intention est bonne, pas ses modalités » Olivier Laboux.

Article News Tank higher ed & research reproduit avec leur aimable autorisation.

« La Conférence des présidents d’université est engagée depuis des années et partout sur le territoire sur les enjeux de développement durable, et nous aurions aimé être dans la boucle de ce texte, ce qui n’a pas été le cas », déclare Olivier Laboux, vice-président de la CPU, à News Tank, le 19/09/2019.

Il réagit au projet de proposition de loi « relative à la généralisation de l’enseignement des enjeux liés à la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et aux changements climatiques dans le cadre des limites planétaires », préparé par les députés Delphine Batho, Matthieu Orphelin (tous deux non inscrits) et Cédric Villani (La République en marche !). Plus de 70 autres députés sont cosignataires du texte.

« Parmi eux, un certain nombre nous ont contactés ces dernières heures, reconnaissant qu’ils auraient dû partager le texte avec nous. Nous leur répondons que l’intention de ce texte est très bonne, mais pas ses modalités, et que nous sommes prêts à travailler le contenu ensemble », ajoute Olivier Laboux qui était président du comité de la transition écologique et énergétique de la CPU jusqu’en décembre 2018.

Principal objectif de ce texte, qui comporte 20 articles, et dont News Tank a obtenu la version au 18/09 : faire en sorte « que les établissements d’enseignement supérieur intègrent systématiquement dans leurs formations l’enseignement des enjeux liés à la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et aux changements climatiques dans le cadre des limites planétaires, et ce, afin que tous les étudiants y soient formés ».

Si la CPU n’est pas hostile au fait d’inciter les universités à faire plus en matière de formation, Olivier Laboux estime que « les universités sont autonomes et ont la latitude de développer des formations… ce qu’elles font d’ailleurs déjà, par des organisations internes, des actions auprès des étudiants, la recherche, etc., même si elles peuvent sûrement faire plus ».

En revanche, d’autres articles du texte sont, selon lui, « règlementairement impossibles et sûrement inefficaces, comme avoir un représentant développement durable au Conseil d’administration, ou faire en sorte que le Conseil académique prenne en compte ces enjeux dans les programmes de recherche ».

Il regrette par ailleurs l’absence de référence aux moyens notamment en matière d’immobilier. « Nous avons des projets de campus zéro carbone, et de réhabilitation des bâtiments dans le cadre du Plan d’efficacité énergétique des campus 2030 qui est un modèle vertueux pour l’enveloppe batimentaire. Et il serait judicieux que les députés accompagnent les universités sur la possibilité d’emprunter, au regard de ce modèle », ajoute le vice-président.

Initialement prévu à l’occasion de la grève mondiale des jeunes pour le climat, le 20/09, le dépôt de cette PPL devrait être repoussé. Contacté par News Tank à ce sujet, l’entourage de Cédric Villani indique qu’un travail de « reformulation » est en cours, mais ne précise pas de date.
Olivier Laboux, VP de la CPU – © université de Nantes

L’enquête de The Shift Project en question

Dans l’exposé des motifs, les députés appuient leur raisonnement sur une enquête de The Shift Project, datant de juin 2019, une association qui se présente comme « un think tank qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone ».

Cette enquête menée auprès de 34 établissements du supérieur montre « que 76 % des formations ne proposent aucun cours abordant les enjeux climat-énergie à leurs étudiants », et que dans les 24 % de formations restantes, « moins de la moitié (11 %) proposent au moins un cours obligatoire pour les étudiants abordant le sujet ». Ces résultats sont d’ailleurs au cœur d’une tribune parue dans Le Journal du dimanche, le 14/09, signée par 80 directeurs d’établissements du supérieur, et appelant à former « tous les étudiants aux enjeux climatiques ».

Or, pour Olivier Laboux, vice-président de la Conférence des présidents d’université, ce travail « se fonde sur une simple analyse des sites web des établissements, et offre un avis qui n’est ni assez éclairé, ni assez honnête ».

C’est pourquoi la CPU, avec la Conférence des grandes écoles, la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs, ainsi que plusieurs associations étudiantes telles que la Fédération des associations générales étudiantes, l’Union nationale des étudiants de France, le Réseau français des étudiants pour le développement durable et Youth for climate, ou encore les réseaux universitaires Fédération Nationale de Conseil en Action Sociale pour l’enseignement supérieur et la recherche et Collectif pour l’intégration de la responsabilité sociétale et du développement durable dans l’enseignement supérieur, ont décidé de publier leur propre tribune, le 17/09 dans Le Monde, mettant en avant la nécessité d’un accompagnement des établissements du supérieur dans la mise en œuvre du Plan vert.

Pour une intégration de l’engagement environnemental « dans les missions des établissements »

Interrogé sur la manière dont la CPU aimerait faire évoluer ce texte, Olivier Laboux répond :

« On pourrait par exemple imaginer intégrer cet engagement dans les missions des établissements. Il faut trouver l’intitulé, mais ça aurait une symbolique très forte, avec un engagement de la Nation qui se traduit dans chaque établissement, et dans le cadre de l’autonomie », dit-il, ajoutant que les universités doivent aussi « mieux faire connaître » ce qu’elles font déjà.

Mais au-delà d’une formation, « obligatoire ou non », la question pour le Vice-président(e) de la CPU, c’est « dans quelles conditions l’étudiant-citoyen peut travailler autour de ces enjeux, aux prismes de l’alimentation, des déplacements, de ses engagements associatifs, etc. Autrement dit, avancer par la preuve, au-delà de l’incantation ».

Il cite ainsi l’exemple de l’Université Laval à Québec « pionnière sur ces sujets, et qui après avoir initialement imposé des modules pour les étudiants, est revenue sur sa décision, en se disant que c’est le vécu de l’étudiant qui compte. Et qu’il est nécessaire d’englober la formation avec la façon dont on vit au sein d’un campus, et de la cité. »

Accompagner la transition énergétique

Sur la question des moyens, Olivier Laboux estime « légitime, s’il y a une incitation très forte vis-à-vis des établissements, qu’ils soient accompagnés, de quelque forme que ce soit. Même s’il ne s’agit pas de dire “on ne fait pas si on n’a pas les moyens” ».

Mais c’est surtout sur l’aspect immobilier que la CPU attend des avancées, en particulier concernant leur capacité à emprunter.

« C’est ce qu’on demande auprès de nos élus notamment dans le cadre du PLFPLFProjet de loi de finances 2020, et on a l’impression que les choses sont en train de changer. Nos tutelles, les élus, les jeunes et les établissements : tout le monde se dit, si on n’avance pas là-dessus, on va dans le mur. On voit qu’il y a une volonté commune de passer un cap », affirme Olivier Laboux.

D’autant que selon lui, les universités ont fait la preuve de leur maturité, dix ans après la LRULRULibertés et Responsabilités des Universités (loi LRU ou loi Pécresse du nom de la ministre Valérie Pécresse), appelée loi d’autonomie des universités, du 10/08/2007 adoptée sous le gouvernement Fillon, « en matière d’organisation interne, de professionnalisation des directions du patrimoine et du développement durable. Il faut faire confiance aux universités sur leur capacité à gérer, à se projeter et avoir une vision sur leur patrimoine. »

 

PEEC 2030 : dix universités engagées

Depuis 2016, dix universités (Aix-Marseille, Angers, Grenoble-Alpes, Lorraine, Nanterre, Rennes 1, Auvergne, Haute Alsace, Lyon et Nantes) travaillent sous l’égide de la CPU pour « élaborer un modèle économique soutenable pour un plan de rénovation d’envergure nationale, désigné sous le vocable PEECPEECPlan d’efficacité énergétique des campus 2030 ». Et elles se sont engagées en 2019 dans la mise en œuvre d’un « pilote » du plan d’efficacité énergétique des campus français à horizon 2030.

À l’échelle des dix établissements engagés, l’opération pilote représente 580 000 m² soit environ 10 % des surfaces du parc universitaire des dix établissements, et un budget global de 860 M€ TTC toutes dépenses confondues. Et en termes d’économies, sur 25 ans, il est prévu que cela représente :

• Plus de 400 M€ TTC économisés en intégrant l’actualisation des coûts de l’énergie suivant les vecteurs et une inflation de 1 % sur les coûts de maintenance et GERGERGros entretien renouvellement.

• 1 300 GWh d’énergie finale consommée en moins.

• 230 000 tonnes CO2 économisées.

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