L’Université dans ses territoires : l’éclairage de Muriel Pénicaud

Invitée à débattre au cours d’une des tables rondes de l’université d’été de la CPU, les 25 et 26 août derniers, Muriel Pénicaud, directrice générale d’Ubifrance, s’est exprimée sur le thème : « l’Université, vitrine internationale de son territoire ». De son point de vue, l’université est un maillon essentiel de l’attractivité française. Explications.

CPU : Quel rôle nos universités jouent-elles dans l’attractivité de la France ?
Muriel Pénicaud : Nos universités jouent un rôle primordial. Dans les 10 critères clés retenus pour mesurer l’attractivité d’un pays, on trouve les notions de talent, d’innovation et de recherche : trois domaines portés par l’université.

Aujourd’hui, à l’international, l’image des talents et de la recherche française est excellente. La France est vue comme une terre d’innovation, notamment grâce à l’excellence de notre enseignement supérieur, à la recherche publique et privée très réputée dans de nombreux domaines et au crédit d’impôt recherche. Tout cela crée, en France, les conditions particulièrement favorables à l’investissement dans l’innovation. En 2014, sur les 1014 nouveaux investissements étrangers, 9 % étaient consacrés à la recherche et au développement, ce qui représente une augmentation de 19 % ! Les Universités sont particulièrement attendues sur les compétences des talents qu’elles forment, sur la qualification de haut niveau et sur leur capacité d’innovation et de recherche.

De plus, l’enseignement supérieur et la recherche sont perçus à l’étranger comme particulièrement en pointe en termes conceptuels et en termes d’innovations dites « rupturistes » (c’est-à-dire non traditionnelles). Cela constitue l’un de nos points forts. Mais il faut poursuivre l’effort car les autres pays ne cessent de progresser et la compétition est ardue. Aujourd’hui, l’université est un des grands atouts de la France, à condition qu’elle reste ouverte à l’international, en partenariat avec les entreprises.

Autre facteur prépondérant dans notre activité : nous avons 260 000 étudiants étrangers en France, ce qui nous place à la troisième place mondiale pour l’accueil des étudiants étrangers, derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Une fois revenus dans leur pays, ces étudiants vont véhiculer un discours à la fois émotionnel et technique sur la France et vont devenir des « ambassadeurs » de notre pays. Il est frappant de noter que parmi les investisseurs étrangers bon nombre ont étudié, à un moment donné, en France. L’accueil des étudiants étrangers est donc un investissement pour l’attractivité à 5 ou 10 ans.

Que peut-on attendre des universités pour améliorer nos exportations ?

Aujourd’hui, en France, beaucoup d’entreprises ont besoin de faire une jonction entre la technologie, l’innovation et leur marché. L’Université peut jouer un rôle clé pour permettre aux PME et aux ETI (entreprises de taille intermédiaire) d’accéder au marché international, condition essentielle de leur croissance. Celle-ci peut aider les entreprises, par exemple, à obtenir un brevet ou une différentiation, sésame pour l’international et pour l’export. Les pôles de compétitivité sont également une bonne porte d’entrée car ils comprennent en leur sein des universités, des organismes de recherche et des entreprises de toute taille. Une des difficultés réside dans les échelles de temps, bien différentes entre la recherche fondamentale et la recherche à court terme dont a besoin une PME.

Comment les universités peuvent-elles mieux s’implanter à l’étranger ?

Les universités doivent s’engager sur le long terme. En fonction de leurs filières d’excellence et des spécificités de chaque pays, les universités doivent trouver les moyens de tisser des partenariats judicieux. Mieux vaut privilégier des partenariats forts et pérennes dans quelques pays, et pas forcément vers les pays les plus forts économiquement. Je pense, notamment, aux nouveaux pays émergents : le Chili ou la Colombie, en Amérique latine ; le Nigeria en Afrique ; la Corée, le Vietnam et la Malaisie en Asie du sud-est. Il y a de la part de ces pays une forte attente car leurs besoins de compétences vont être considérables. Et, à ce titre, l’université française peut apporter sa singularité et ses atouts, tout en s’enrichissant elle-même de la culture des pays partenaires. L’ouverture au monde est une véritable chance pour le partage et la diffusion des savoirs.

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