« Lorsqu’un industriel s’implante dans une région, la première chose qu’il regarde, c’est l’environnement universitaire ! "

Au plus fort de la crise, l’Université a montré sa capacité à répondre au défi sanitaire. Excellence de la recherche, aide aux hôpitaux, mobilisation des étudiants : l’Université a répondu présente. Et son rôle sera tout aussi important dans les problématiques à venir. Pour Guillaume Gellé, président de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, l’Université dispose de deux atouts : la formation et son ancrage territorial. Lors de cet entretien, il décrypte la façon dont les universités vont accompagner les reconversions professionnelles, aider à la réindustrialisation du pays et accompagner les étudiants dans leur insertion professionnelle dans un contexte difficile. La présence d’une université est un facteur essentiel d’attractivité pour un territoire. A ce titre, elle participe à la redynamisation locale, entrainant une dynamique vertueuse pour l’ensemble du territoire.

En quoi l’Université est-elle une actrice clé de la reprise économique de notre pays, au niveau national comme au niveau local ? 

L’Université sera un élément clé de la reconstruction de la France. Pour cela, l’Université dispose de leviers forts:

  • La formation et la recherche, d’abord, qui font partie des missions premières de l’Université. A la suite de la crise sanitaire, deux transitions majeures vont monter en puissance : la transition numérique, avec l’accélération du télétravail, et la transition environnementale (avec une réflexion sur l’impact de l’activité humaine). Et je pense que tous les métiers vont être impactés par ces changements. Cela entrainera des besoins de formations massifs au plus près des territoires. En matière de formation professionnelle, les établissements d’enseignement supérieur seront en première ligne et devront jouer pleinement leur rôle.

De plus, durant la crise, la recherche universitaire a été particulièrement mobilisée. On pense au domaine de la santé, bien sûr, mais aussi à celui du numérique et de l’intelligence artificielle en particulier. Pour appliquer cette recherche et atteindre des résultats, la valorisation et le transfert sont aujourd’hui nos priorités.

  • Les liens avec le territoire : les universités sont des acteurs majeurs des territoires économiques sur lesquels elles sont implantées. L’Université de Reims Champagne-Ardenne est, par exemple, le quatrième acteur économique de l’ex région Champagne-Ardenne. L’Université a donc une capacité à contribuer à la reprise économique au niveau local et au niveau national. Enfin, je note que la crise a permis de s’interroger sur les effets négatifs de la mondialisation. Si un plan de relance va être lancé au niveau national, il va vraisemblablement être complété par des dispositions régionales. Dans toutes les situations, les universités en seront des acteurs incontournables.


Dans quelle mesure l’Université peut-elle un facteur clé de la redynamisation des territoires ?

Cette crise a démontré que la présence d’une université était un avantage pour son territoire. Les universités ont été capables de mobiliser en un temps record leurs ressources humaines (professeurs de médecine, personnels soignants, étudiants en médecine dès la deuxième année, élèves infirmiers) pour aider les hôpitaux à faire face à l’afflux de patients.

Par ailleurs, les universités ont fait don de leur matériel : elles ont fabriqué des masques, des gels, du matériel de protection. Si on prend le cas de l’Université de Reims, elle s’est lancée dans la fabrication de matériel très spécifique : des carters sur mesure réalisés en 3 D pour protéger les médecins pendant les actes d’ophtalmologie. Et en ce moment-même, nous mettons en place un nouveau laboratoire, pour organiser des tests PCR.  

Le caractère pluridisciplinaire de l’Université est aussi un atout car elle peut à tout moment mobiliser beaucoup de ressources, aptes à apporter des solutions rapides et efficaces.

Je parlais des effets négatifs de la mondialisation. La pandémie a souligné la nécessité de relocaliser un certain nombre d’industries. Je pense notamment à l’industrie pharmaceutique, l’industrie textile, la fabrication de produits manufacturés… Pour former à ces métiers, l’Université devra proposer davantage de formations initiales et professionnelles. Elle doit s’y préparer. Car avoir des formations locales performantes est un facteur d’attractivité évident des territoires. En effet, force est de constater que lorsqu’un industriel s’implante dans une région, la première chose qu’il regarde, c’est l’environnement universitaire !

De nombreux étudiants vont arriver dans les prochains mois sur le marché de l’emploi, dans un contexte très difficile. Pour les accompagner dans leur insertion professionnelle, de quels leviers l’Université dispose-t-elle ?

Depuis la loi LRU de 2007, l’insertion professionnelle est une mission des universités et celles-ci sont particulièrement attentives au placement de leurs diplômés sur le marché de l’emploi. Aujourd’hui, nous pouvons actionner plusieurs leviers :

  • Des mesures gouvernementales et la mobilisation des entreprises : le 20 avril dernier, nous avons demandé, à travers un communiqué, à ce qu’un certain nombre de dispositifs soient mis en place pour faciliter l’arrivée des jeunes diplômés sur le marché du travail cette année, avec notamment une aide à l’accession au premier emploi.
  • Le développement de l’apprentissage, de la formation continue et de la formation professionnelle. La crise a mis en évidence le besoin d’une meilleure adéquation entre les besoins locaux et l’offre de formation : l’Université pourra répondre à ce défi.
  • La co-contruction avec les acteurs locaux d’une offre qui correspond aux besoins du territoire. A ce titre, les campus des métiers et des qualifications sont un dispositif tout à fait intéressant. Construits autour d’un secteur d’activité d’excellence correspondant à un enjeu économique national ou régional soutenu par les collectivités et les entreprises, ces campus proposent dans un lieu unique une large gamme de formations professionnelles, technologiques et générales, relevant de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, ainsi que de la formation initiale ou continue. Des formations courtes pourront aussi être proposées pour les salariés en reconversions professionnelles.

A terme, ces  campus ont vocation à devenir des campus d’excellence. Tout cela va dans le bon sens et peut transformer la donne.

  • Les dispositifs capables de rendre les étudiants plus autonomes face à l’emploi : je pense notamment au développement de l’esprit d’entrepreneuriat, à travers le renforcement des incubateurs étudiants ou des juniors entreprises.

 

Comment les universités peuvent-elles accompagner les reconversions professionnelles et les nouveaux demandeurs d’emploi ? 

La formation professionnelle est la réponse appropriée. Nous travaillons depuis très longtemps avec les régions à une offre de formations professionnelles solide destinée aux demandeurs d’emploi. Ces dernières années, l’apprentissage a aussi connu un développement notable dans nos universités.

Par ailleurs, nous allons accélérer la mise en place de formations hybrides, mixant le présentiel et le distanciel, avec des tiers-lieux permettant de se former sur site. Les formations doivent être flexibles et capables d’accueillir un public divers. On peut imaginer, par exemple, que des salariés, ne disposant que de quelques heures dans la journée pour se former, puissent étudier les fondamentaux de la formation à distance et se rendre dans les tiers lieux pour les aspects appliqués. Ces tiers-lieux ont des formes diverses : certains se situent sur les campus au cœur de principales villes universitaires, comme c’est le cas des campus des métiers et des qualifications ; d’autres bénéficient des multiples implantations de nos établissements partout sur le territoire (sites délocalisés des universités, IUT, centres CNAM, campus connectés, etc.). Avec cette souplesse, nous sommes capables de mettre en place un maillage très étroit du territoire.

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