L’incroyable expédition 5300 : l’Université de Grenoble-Alpes mène ses recherches à la Rinconada, la ville péruvienne la plus haute du monde

16 novembre 2021

CPU Infos

L’expédition 5300 est un projet à la fois scientifique et humanitaire. Depuis 2009, une équipe de recherche de l’Université Grenoble-Alpes travaille à 5 300 mètres d’altitude, une hauteur qui en principe ne permet pas l’installation humaine et qui est pourtant habitée. En ce moment même, une équipe du laboratoire de recherche Hypoxie Physiopathologie de l’Inserm et de l’Université de Grenoble Alpes étudie, dans un véritable laboratoire à ciel ouvert, les effets du manque d’oxygène sur l’organisme qui provoque le « mal chronique des montagnes ». L’objectif : mettre au point un remède médical et développer des opérations de soutien à la population.

C’est un décor somptueux, mais terriblement hostile à l’Homme. La Rinconada au Pérou est la ville la plus haute du monde. Accrochée au flanc de la Cordillère des Andes sous les glaciers, il s’agit d’un lieu unique par le niveau d’altitude extrême auquel sont exposés ses habitants. On considère en effet qu’au-delà de 5000 mètres, l’habitat humain permanent n’est pas possible.

Pourtant, 50 000 personnes y vivent, ce qui constitue un véritable défi à la connaissance des adaptations de l’organisme humain à son environnement, et en particulier au manque d’oxygène, appelé « hypoxie ».

Les premières études du laboratoire ont permis de mesurer des valeurs physiologiques hors normes, avec, par exemple, des niveaux d’hématocrite jusqu’à 80 %. Ces données montrent la capacité du corps humain à s’adapter à des conditions extrêmes. Elles mettent aussi en lumière des symptômes et des pathologies spécifiques rencontrées par les habitants dont nous connaissons encore peu les caractéristiques et encore moins la façon de les soigner. 25 % de la population montre en effet une intolérance au manque d’oxygène, appelée plus communément « mal chronique des montages ».

Apporter des réponses médicales

L’équipe de recherche à d’ores et déjà identifié 2 types de traitements qui pourraient améliorer les anomalies de santé observées chez les habitants malades de La Rinconada. Un essai médicamenteux a été lancé sur des habitants volontaires. « En diminuant la production exagérée de globule rouge […], nous espérons induire des conséquences cardiovasculaires bénéfiques permettant de réduire les symptômes du mal des montagnes », explique Samuel Vergès, responsable de l’expédition. Et les premiers résultats sont prometteurs !

L’équipe de recherche entend aussi explorer les questions de santé propres aux femmes qui accouchent et aux enfants qui naissent et grandissent dans des conditions extrêmes.

A terme, l’équipe voudrait ouvrir un centre de santé et de recherche sur l’altitude au cœur même de La Rinconada.

Des recherches au service de tous

Dans une optique plus large, le laboratoire HP2 de l’Université de Grenoble Alpes développe des travaux concernant d’autres types ou modes d’exposition à l’altitude : « nous étudions par exemple les effets de la vie en moyenne altitude (1000-2000) mètres comme dans les Alpes qui entourent notre laboratoire grenoblois sur la santé humaine, avec l’hypothèse qu’une telle altitude puisse avoir des effets positifs par exemple contre la survenue de plusieurs maladies chroniques », poursuite Samuel Vergès.

Du haut de la cordillère des Andes, l’Inserm et l’Université de Grenoble Alpes voient grand. Ils œuvrent au bénéfice d’une population éloignée de tous, et en faveur de la recherche scientifique en général !

Sur le même thème

12 novembre 2021

Les prochaines années seront déterminantes pour prévenir un réchauffement du climat supérieur à 2 degrés à l’horizon 2050.