Les universités ont besoin de plus d’Europe et l’Europe a besoin de plus d’Université !

1 février 2018

Tribune

Pour de nombreux européens, l’Union Européenne génère aujourd’hui de la défiance et n’est plus porteuse d’avenir ; le vote en faveur du Brexit en est l’un des symptômes les plus marquants. Dans ce contexte, la Conférence des présidents d’université (CPU) est convaincue que l’Europe doit davantage s’appuyer sur l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation pour montrer sa plus-value et capitaliser sur la réussite de ses programmes phares, comme Erasmus, qui vient de fêter ses 30 ans. Forte de cette conviction, elle soutient la mise en place d’actions qui permettront de renforcer la construction européenne et le sentiment d’une citoyenneté commune au sein du futur programme Erasmus+ et du 9ème Programme Cadre de la Recherche et de l’Innovation.

Des universités européennes

Lors de son discours « une initiative pour l’Europe » du 26 septembre 2017 à la Sorbonne, le Président de la République a rappelé son attachement à l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation en appelant les acteurs à se regrouper en réseau pour créer des « universités européennes ». La CPU soutient la création de consortia transnationaux d’universités issues de différents Etats membres, qui mettent en cohérence leur stratégie en matière de mobilité, de formation, de recherche et d’innovation. Un soutien sur le long terme doit leur permettre de bâtir des liens pérennes entre établissements, de diffuser une culture de la qualité dans l’ensemble des Etats membres et ainsi de renforcer la place des universités européennes et de l’Union européenne dans la compétition mondiale des talents et de la connaissance.

Plus de mobilités étudiantes encore plus inclusives

L’accroissement des mobilités étudiantes au sein des consortia doit être accompagné du renforcement de leur encadrement. Ces mobilités pourront prendre des formes diverses : stages, crédits dans les établissements partenaires, ou diplômes conjoints, voire de diplômes européens, avec la volonté de développer la pratique de plusieurs langues européennes. Les nouvelles approches pédagogiques doivent être au cœur des préoccupations de ces « universités européennes » : renforcement d’une formation centrée sur l’étudiant, apprentissage qui encourage les initiatives des étudiants et la maitrise du sujet via un travail collaboratif, enseignement hybride combinant cours en présentiel et cours à distance, seront autant de facilités pour l’internationalisation des programmes et l‘accès du plus grand nombre.

Des liens renforcés entre la recherche et l’enseignement

Formation, recherche et innovation constituent le triangle de la connaissance et sont indissociables. La diffusion des connaissances issues des programmes européens de recherche doit être au cœur de la dynamique des universités européennes. Elle doit contribuer à dynamiser un transfert toujours plus soutenu de la recherche fondamentale vers l’innovation et la création de valeurs, mais aussi irriguer la formation, du premier cycle jusqu’au doctorat, dans une perspective de formation tout au long de la vie. C’est pourquoi, la CPU considère qu’il est essentiel que le programme de création d’universités européennes soit porté conjointement et en synergie forte par la Direction Générale Education et Culture (DG EAC) et par la Direction Générale de la Recherche et Innovation (DG RTD) de la Commission européenne.

Soutenir les écosystèmes territoriaux d’innovation

Avec le même objectif, la CPU souhaite que de nouveaux dispositifs puissent soutenir l’implication des établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans leur écosystème d’innovation territorial. C’est l’objet de sa proposition « territorial connections », qui préconise la constitution de consortia d’écosystèmes territoriaux, basés sur un axe fort de la stratégie de spécialisation intelligente (S3) communs aux membres du réseau. Cela permettra d’accélérer les processus d’innovation et leur transfert vers les territoires grâce une coopération renforcée entre tous les acteurs : universités, organismes de recherche, entreprises et collectivités locales.

Au final, il est important que toutes les universités puissent participer, en lien avec d’autres acteurs européens, aux programmes phares européens et contribuer au développement de l’économie, de l’emploi et à la diffusion des valeurs humanistes qui forgent leur identité. La CPU fait le pari que des actions partenariales sur des objets précis seront porteuses de nouvelles dynamiques pour la construction européenne et, participeront à structurer encore plus fortement l’espace de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

Forte des valeurs européennes qu’elle revendique, la CPU considère qu’il est essentiel aujourd’hui que les universités prennent l’initiative pour montrer un chemin de prospérité et d’espoir. C’est le sens et l’objet des propositions que nous portons.

Gilles Roussel
Président de la CPU

Fabienne BLAISE
Vice-présidente de la CPU

Khaled BOUABDALLAH
Vice-président de la CPU