Les métiers du vin se démocratisent

Féminisation, arrivée de personnes qui ne sont pas enfants de vignerons, ouverture internationale : telle est l’évolution des métiers de la vigne en Champagne.

Qui sont les acteurs du vin aujourd’hui ? Sont-ils différents de ceux des années 50 ? Pour le découvrir, Emmanuelle Leclercq, sociologue à l’université de Reims, s’est intéressée au parcours des titulaires du diplôme national d’œnologues, exerçant en Champagne.

Premier constat : la formation se démocratise. Alors qu’à la création du titre d’œnologue en 1955, la formation universitaire accueillait essentiellement des « héritiers » autrement dit des fils de vignerons, il est aujourd’hui bien plus ouvert : la moitié des diplômés ne sont pas enfants de vignerons. Il s’est aussi beaucoup féminisé, avec la moitié de femmes diplômées aujourd’hui, alors qu’elles étaient peu nombreuses il y a quelques décennies.

Est-ce la fin des « héritiers » ? Pas tout à fait. « La taille du domaine familial, le fait qu’il soit suffisamment grand pour que l’héritier puisse reprendre, est un point clé, souligne Emmanuelle Leclercq. En Champagne, les exploitations sont petites, souvent moins de 10 hectares, mais avec un prix à l’hectare très élevé, il est donc difficile pour quelqu’un d’extérieur de s’installer. »

La chercheuse a observé trois profils types de vignerons.  Tout d’abord, les héritiers qui reprennent très vite le domaine familial après leurs études et quelques stages dont pour certains à  l’étranger. Grâce au savoir ainsi acquis, ils développent souvent de nouvelles gammes de vin et montent en typicité. D’autres héritiers reviennent plus tard, lorsque la reprise immédiate n’est pas possible (parents encore exploitants, héritage peu organisé…). « Ils optent souvent pour des métiers en rapport avec le vin, mais il est compliqué de s’investir dans un travail si c’est  pour un temps limité, remarque Emmanuelle Leclercq. Néanmoins, lorsqu’ils reviennent, ces premières  expériences leur sont utiles. »

Troisième cas de figure : lorsqu’il n’est pas possible de reprendre une exploitation, les diplômés intègrent des maisons de champagne, des coopératives ou optent pour un parcours international. Ils deviennent œnologue-consultant, chef de cave. « Il y a de belle s trajectoires, autour de la vinification et de la dégustation, considérées comme l’aspect noble du métier, analyse la chercheuse.

Les différences entre générations sont également très présentes. « La jeune génération a une grande volonté d’indépendance, souhaite souvent se mettre à son compte, observe-t-elle. L’aspect international est incontournable, certains étudiants font même un « tour du monde de la vinification » en Afrique du sud, Amérique du sud, Etats-Unis.

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