Les étudiants face au massacre de Garissa : « un éveil de la conscience » pour Béatrice Gitaka

L’université touchée en plein cœur : le 2 avril dernier, l’attaque meurtrière d’un commando islamiste somalien, les « shebab », faisait 148 morts dont 142 étudiants de l’Université de Garissa, au Kenya. Devant une telle violence, les étudiants kenyans de France ont été épouvantés. Pourquoi un lieu de savoir et de transmission était-il l’objet d’une attaque terroriste ? Béatrice Gitaka, étudiante en Master 2, à Paris 13, revient sur ces terribles événements et nous donne sa vision du rôle de l’Université dans la promotion des valeurs du « vivre ensemble ».

Toute sa jeunesse, Béatrice Gitaka l’a passée au Kenya : d’abord dans un petit village jusqu’à l’âge de treize ans, puis dans la capitale Nairobi. En attendant d’y retourner, Béatrice effectue un Master 2 en Management des organisations sanitaires et sociales à Paris 13. « Quand j’aurais fini mon Master, je voudrais travailler au sein d’une structure s’occupant d’enfants malades ou handicapés ». Si dans un premier temps, elle désire acquérir de l’expérience en France, elle compte bien retourner au Kenya dès que possible. « Toute ma famille y habite, et notamment mon père et mes trois sœurs ».

Une famille qu’elle a appelée lorsqu’elle a été informée de l’attaque terroriste qui a fait 148 morts dans son pays, le 2 avril dernier. « J’ai eu ma sœur au téléphone. Là-bas, c’était la panique car on ne connaissait pas l’ampleur des dégâts. Et n’étant pas sur place, la situation était très inconfortable pour moi », confie-t-elle. « Ces événements ont réveillé quelque chose de très fort en moi. Le fait que le Kenya soit la cible du terrorisme ne m’a malheureusement pas vraiment étonnée car nous avons déjà subi des attaques sur notre sol. Mais qu’un tel drame se produise dans une Université, ça, je n’aurais jamais pu l’imaginer… » « Viser une institution dont l’objectif est justement d’éveiller les esprits m’a beaucoup choquée. Mais, sur le coup, je n’ai absolument pas vu le lien entre terrorisme et études », se désole-t-elle.

Des étudiants soudés et concernés
A l’université, sur les réseaux sociaux, place de la République à Paris, la solidarité s’est organisée dans les jours qui ont suivi. Une minute de silence a été observée à Paris 13, le 9 avril, à midi, comme dans l’ensemble des universités françaises. Et un grand rassemblement a eu lieu place de la République, à Paris, pour rendre hommage aux victimes. « Beaucoup d’étudiants étaient là, d’origine kenyane, africaine, ou française. C’était un vrai mélange. L’ambiance était recueillie : moment de silence, musique, lecture des noms des 148 personnes tuées, discours, bougies… Je me suis sentie soutenue. Là-bas, j’y ai même rencontré un étudiant de Paris 13 qui m’a fait part de son idée d’organiser un rassemblement dans les universités en mémoire des étudiants tués ». Si les contours de ce projet sont encore flous, Béatrice assure que « son action ne va pas s’arrêter là ». Elle reste très mobilisée.

L’université investie d’une mission
Béatrice estime que l’université française doit jouer un rôle très important dans la promotion du vivre ensemble. « Je trouve qu’il est important qu’à travers des activités culturelles ou des rassemblements, l’université crée de la cohésion entre les étudiants. Il ne faut jamais cesser de s’indigner et de s’interroger […]. C’est aujourd’hui notre devoir, et c’est également celui de l’Université ».

On compte aujourd’hui 22 universités publiques au Kenya. L’Université de Garissa dépend de l’Université de Moi : celle-ci entretient des relations étroites avec les Universités de Nancy et de Lyon 2, notamment.

Photo : Une minute de silence à l’Université Paris 13, le 9 avril à midi