Le numérique : condition sine qua none de la construction des universités européennes

4 janvier 2021

On en parle

Photo :  La Rochelle Université, Les Minimes – Francis Giraudon

Dans le cadre de la création d’un espace européen de l’éducation, les 41 universités européennes sélectionnées, dont la liste a été finalisée en juin 2020, devront s’appuyer sur les technologies numériques aujourd’hui incontournables. Mais leur utilisation soulève nombre de questions : Comment les universités européennes, qui regroupent des établissements implantés dans divers pays européens, vont-elles concevoir la construction de leur paysage numérique ? Quelle gouvernance et quels outils mettre en place ? Comment pourront-elles sauvegarder leur souveraineté informationnelle ? A travers l’exemple d’EU-Conexus, l’ « Université européenne pour un littoral urbain durable et intelligent », à laquelle La Rochelle Université appartient, nous revenons sur les défis numériques auxquels les universités européennes sont confrontées et les enjeux qui en découlent.

Article paru dans la collection numérique de l’Amue – octobre 2020 (p.26)

Auteurs : Jean-Marc Ogier, Président de La Rochelle Université, General Chair de EU-CONEXUS ;Carle Bonafous-Murat, Délégué permanent de la Conférence des présidents d’université à Bruxelles ; avec Laure Marot, Rédactrice à la CPU

Des outils communs pour mettre en place une vision stratégique

Pour les universités européennes, les problématiques liées au numérique sont les mêmes que celles des universités françaises, mais à une échelle transnationale. Il s’agit de disposer d’un écosystème numérique qui serve les outils de gouvernance, de formation, de recherche, d’innovation, de diffusion de la culture scientifique et de communication, tout comme c’est le cas pour une université française. Et mettre au diapason les 6 établissements (1) d’ EU-Conexus, qui ont des trajectoires et des approches culturelles différentes sur le plan de leur appropriation des questions numériques, est un défi considérable.  

Le projet politique de EU-Conexus défend une vision extrêmement intégrée, avec la conception d’un système de formation, de recherche et d’innovation tirant parti des meilleures pratiques chez chacun des partenaires de l’alliance, et dont l’ambition est de créer une véritable université de niveau européen. EU-Conexus entend par exemple créer un méta-système d’informations pour faciliter l’aide à la décision des présidents dans les processus de gouvernance ; un portail regroupant l’ensemble des formations de l’alliance ; ou encore des bases de données communes pour la recherche. 

La politique « des petits pas »

EU-Conexus devrait acquérir une forme consolidée en 2024. Pour l’instant, elle travaille au montage de prototypes. Devant l’ampleur de la tâche, la mise en commun des données se fait progressivement. Eu-Conexus est en train, par exemple, de monter un système d’informations pour un Master sur la croissance bleue qui regrouperait tous les modules des membres de l’Université sur cette thématique, rejoignant en cela une préconisation d’ERRIN, le réseau européen des régions en matière de recherche et d’innovation.  

C’est une nouvelle aire qui se construit, et les progrès à accomplir sont encore importants pour atteindre, à terme, l’accréditation européenne pour les diplômes et l’entité juridique voulue pour EU-Conexus. 

Créer des infrastructures mutualisées dans le respect de la souveraineté 

Pour simplifier le fonctionnement et faciliter la fluidité de circulation d’informations entre les membres d’une université européenne, il est fondamental d’avoir des plateformes numériques communes. Une réflexion est actuellement menée pour trouver un dénominateur commun, acceptable par tous les membres de l’alliance. A titre d’exemple, pour ce qui concerne les plateformes de partage de ressources pédagogiques, Moodle semble être l’outil retenu par EU-Conexus. Pour une gestion rationnelle et écologiquement responsable, la gouvernance de EU-Conexus a privilégié un Moodle unique, en lieu et place de 6 instances localisées sur le site de chaque partenaire.

De manière générale, le partage de données soulève la problématique de la souveraineté informationnelle, avec un risque majeur de ne pas bien contrôler l’usage des données face à des parties tiers, telles que certaines plateformes proposées par les GAFAM. Si la France est fortement attachée à cette souveraineté, gage pour elle de la maîtrise de ses données, on peut observer une grande hétérogénéité sur ces questions. Considérant les avancées technologiques considérables des Etats-Unis et de la Chine (la crise COVID en a été une preuve édifiante), il nous semble que la France ne pourra pas seule assurer une politique proactive de développement de services numériques et de protection de ses données stratégiques : seule la puissance économique européenne peut imaginer construire de tels écosystèmes. Elle a commencé à le faire avec le projet de cloud souverain Gaia-X, soutenu par les Français et les Allemands. Mais il faut aller très vite et plus loin. 

(1) : EU conexus regroupe aussi L’Université catholique de Valence (Espagne), L’Université de Zadar (Croatie), L’Université d’Agriculture d’Athènes (Grèce), L’Université Technique de construction de Bucarest (Roumanie), et l’Université de Klaipeda (Lituanie)

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