Le bus d’alerte républicaine à l’Université Paris 13 : « l’envie d’en savoir plus »

Du 29 avril au 21 mai, le bus d’alerte républicaine et démocratique vient à la rencontre de la communauté universitaire. Menée par la Fondation Camp des Milles, en partenariat avec la CPU, cette initiative entend partager les leçons de vigilance de l’Histoire et promouvoir les valeurs de la République face aux intolérances mortifères, à quelques jours du scrutin des élections européennes.
Le 9 mai, le bus faisait escale sur le campus de Bobigny, à l’Université Paris 13, et plusieurs dizaines d’étudiants assistaient à la projection du film « Que ferais-je demain si ? ». Une occasion unique de réfléchir ensemble aux mécanismes d’exclusion qui se mettent en place dans les sociétés et qui peuvent conduire au mal absolu.

L’imposant bus qui stationne sur le campus arbore plusieurs inscriptions destinées à éveiller les consciences : « Ecrivons les pages d’un avenir commun », « Pour la France, pour l’Europe. Défendons les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de justice et de dignité. Votons. Engageons-nous ! ».

A l’intérieur, les étudiants prennent place dans de confortables fauteuils sur lesquels sont disposés le « petit manuel de survie démocratique » et un « schéma récapitulatif » des étapes qui conduisent au génocide » et se préparent à visionner le film « Que ferais-je demain si ? ». « A travers cette initiative originale, nous insistons sur le fait que la démocratie constitue le seul rempart contre l’escalade de la violence. A côté d’une réflexion globale sur les discriminations, nous rappelons aussi des choses basiques, mais fondamentales : le fait que le racisme soit un délit, par exemple », explique l’un des médiateurs du projet.

Du « sur-mesure » à quelques jours des élections européennes

A la sortie des cours, où à l’occasion d’une pause, les étudiants sont interpellés par la présence de ce bus, couleur bleu nuit. Chacun réagit à sa façon et en toute liberté. Car il s’agit d’un bus apolitique, dont l’objectif est de faire réfléchir, de sensibiliser et d’échanger. Une tente dressée pour l’occasion permet à des étudiants de discuter avec les médiateurs du projet, de recevoir le « petit manuel de survie » qui leur est tendu ou de monter dans le bus pour visionner le film.
Attentifs et curieux, les étudiants qui assistent à la projection qui dure une quinzaine de minutes sont interpellés et séduits : « c’est un joli documentaire, bien structuré, mais pas moralisateur. Cela donne envie d’en savoir plus, notamment sur le massacre de tutsis au Rwanda, que l’on connaît moins », souligne une étudiante.
S’il s’agit de comprendre les mécanismes de haine qui se sont mis en place lors des génocides du XXe siècle, le débat se concentre aussi sur les problématiques sociétales actuelles, à quelques jours des élections européennes. « L’idée est de toucher des gens, qui naturellement, ne sont pas tournées vers ces questions », indique Daniel Verba, vice-président des relations internationales et référent racisme et antisémitisme de l’Université Paris 13.

« Prendre à bras le corps » les problématiques de racisme et d’antisémitisme

C’est en septembre 2018 que Daniel Verba a été nommé à ce poste, signe d’une volonté politique de l’établissement de prévenir et de lutter contre toute forme de discrimination.
Pour soutenir cette démarche, plusieurs actions sont mises en place tout au long de l’année :
– Lors de la semaine d’éducation et d’action contre le sexisme et l’antisémitisme qui s’est déroulée du 18 au 24 mars, l’Université Paris 13 a organisé de multiples événements : conférences, débats, colloques, spectacles, expositions, à destination des étudiants, du personnel, ou bien ouverts à tous. Parmi les initiatives marquantes : l’exposition sur « L’invention du sauvage » portée par la fondation de Lilian Thuram et une « carte blanche » à la communauté universitaire, impulsée par le service culturel, qui a recueilli toutes les initiatives individuelles ou collective visant un promouvoir l’égalité. Celles-ci sont d’ailleurs visibles actuellement au sein du service culturel de l’université.
– Le lancement d’une enquête, menée par deux sociologues du CNRS, sur le sentiment de discrimination chez tous les étudiants de l’Université. « Les 50 questions posées, qui passent en revue toutes les formes de discriminations possibles, nous donneront des indicateurs fiables sur la réalité des choses. Et nous rendrons cette enquête visible », indique Daniel Verba.
« Au quotidien, je travaille main dans la main avec les services universitaires, tels le service culturel ou la bibliothèque. L’université demeure extrêmement mobilisée. »

Zoom sur le rôle du référent racisme et antisémitisme dans les universités
En 2015, la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République instituait la désignation d’un référent « racisme et antisémitisme » au sein de chaque université. Quelques années plus tard, un réseau solide s’est constitué et de nombreuses actions sont mises en place.
Parmi les multiples missions assignées au référent, citons la déclinaison des plans nationaux de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, la participation à l’analyse et au suivi des saisines relatives à des discriminations ou à des faits de racisme et d’antisémitisme, le rôle d’interlocuteur et de médiateur pour tout agent ou étudiant se trouvant confronté à une telle situation, la mise en place d’actions de sensibilisation, la promotion des recherches, des publications, des enseignements et des formations autour de ses problématiques.

Le film « Que ferais-je demain si »
Le « petit manuel de survie démocratique »
Le schéma récapitulatif du processus des trois étapes du racisme au crime de masse