Interview - François Chérèque : l’université a un « rôle à jouer dans la montée en puissance du service civique »

Dans le contexte de l’après Charlie, les universités se sont engagées à développer le service civique. Et les marges de progression sont réelles : alors qu’en 2014, à peine plus d’une trentaine de services civiques ont été effectués dans les universités, ce chiffre pourrait aisément être porté à 1000 en 2016.
Invité à la CPU le 16 avril dernier, François Chérèque, président de l’Agence du service civique, a appelé l’ensemble des présidents d’université à développer le dispositif au sein de leur établissement. Il revient pour notre site sur le rôle essentiel des universités dans la cohésion sociale et dresse les contours du développement du service civique.

CPU : Le service civique existe depuis 2010 : quel succès le dispositif rencontre-t-il ?

François Chérèque : C’est un très grand succès auprès des jeunes : on note chez les 16-25 ans une forte volonté de s’engager et de réaliser une action citoyenne. Aujourd’hui, nous recevons en moyenne quatre demandes pour une mission proposée. Cela représente à peu près 150 000 demandes par an pour 35 000 missions proposées.
La deuxième réussite tient dans le taux de satisfaction de ceux qui ont effectué leur service civique puisque 91 % d’entre eux saluent une expérience positive tant au niveau de l’insertion professionnelle qu’au niveau de leur parcours de vie.
Depuis la création du service civique, les demandes augmentent d’année en année. Les attentats des 7 et 9 janvier derniers ont relancé le débat sur la citoyenneté. Depuis, les jeunes nous sollicitent de plus en plus et la consultation de notre site Internet est en forte progression.
Le service civique attire des profils très variés : un quart est détenteur d’un bac + 2, certains rencontrent des difficultés à s’insérer professionnellement, d’autres sont littéralement en situation de décrochage…
Quoi qu’il en soit, tous ces jeunes considèrent l’expérience comme un « plus » valorisant et veulent l’inscrire dans un parcours de vie ou de formation.

CPU : Le président de la République a annoncé que 150 000 places en service civique seront proposées aux jeunes. Comment les universités peuvent-elles contribuer à atteindre cet objectif ?

F. Ch : Le 5 février dernier, le président de la République a annoncé une montée en puissance du dispositif. Beaucoup de demandes ne peuvent pas être honorées aujourd’hui. L’objectif est d’y remédier et d’offrir à tout jeune qui le souhaite la possibilité de s’engager.
Pour le moment, le service civique s’est essentiellement développé dans les associations. Notre marge de progression est très importante dans les collectivités territoriales, dans les hôpitaux et bien sûr dans les universités.
L’université est un partenaire incontournable pour l’Agence, à la fois pour développer de nouvelles missions dans les établissements, mais aussi pour accueillir des volontaires extérieurs. L’idée est de permettre à de jeunes étudiants de faire leur service civique, mais aussi de donner la possibilité à des jeunes qui ne sont pas étudiants et pour lesquels l’université semble être un milieu inaccessible de pouvoir faire leur service civique à l’Université.
Nous pouvons construire ensemble des missions relatives à la formation, à l’animation, aux activités sportives, à la médiation auprès des services culturels, à la médecine préventive, à la vie étudiante…
Aujourd’hui, seules 12 universités détiennent un agrément en cours de validité, notamment parce certaines passent jusqu’à présent par des associations porteuses de l’agrément de service civique. Les établissements d’enseignement supérieur doivent à présent se mobiliser pour développer le service civique en leur sein. Nous pouvons les y aider, notamment en facilitant les démarches administratives : un guide réalisé avec la CPU sera disponible prochainement. Il donnera aux universités tous les renseignements utiles et valorisera les missions déjà mises en œuvre par les universités agréées.
Le CNOUS va également développer ses propres missions, en les articulant bien sûr avec celles des universités situées sur les mêmes sites. Beaucoup d’associations interviennent par ailleurs déjà dans les universités. Un des objectifs aujourd’hui est de coordonner toutes ces actions.

CPU : En quoi réaliser un service civique constitue-t-il un atout pour les étudiants, notamment en termes d’insertion professionnelle ?

F. Ch : D’après une étude réalisée en juin 2014 par l’Observatoire de la jeunesse, 6 mois après la fin du service civique, 75 % des jeunes ont trouvé un emploi ou sont en formation. Quand ils cherchent du travail, les jeunes savent valoriser leur service civique. Et les entreprises sont séduites par ce genre d’expérience.
La mise en place d’un cadre formel du service civique au sein des universités marque un pas important. En effet, le service civique n’est pas un stage, et encore moins un emploi étudiant. Inscrire cette expérience dans le parcours de formation universitaire est une piste à explorer pour que l’ensemble des savoirs-être et des savoir-faire acquis pendant cette expérience soient reconnus et valorisés. L’Université de Limoges a déjà conduit une expérimentation en ce sens.
Faire un service civique peut aussi donner aux jeunes l’envie de retourner sur les bancs de l’université : une expérience très intéressante à destination des « décrocheurs » a été réalisée à l’Université de Haute-Alsace avec le Cnam. On entend par « décrocheurs » des jeunes qui ont commencé une année de formation à l’Université et qui ont complètement arrêté, soit après des échecs successifs, soit par manque de repères dans leur parcours. L’expérience du service civique accompagné de cours associés permet de les remobiliser et de les aider à construire leur parcours de formation.

Le 9 juin prochain, la CPU organisera un séminaire sur le thème du service civique.

Zoom sur le service civique
Créé par la loi du 10 mars 2010, le service civique a pour objet de « renforcer la cohésion nationale et la mixité sociale en offrant à toute personne volontaire l’opportunité de servir les valeurs de la République et de s’engager en faveur d’un projet collectif en effectuant une mission d’intérêt général auprès d’une personne morale agréée ». Destiné aux jeunes de 16 à 25 ans, le dispositif a rencontré un fort engouement.
L’Université a un rôle fondamental à jouer, notamment en :
– Accueillant des jeunes en service civique ;
– Promouvant le service civique auprès des étudiants par des actions de communication ;
– Valorisant l’expérience acquise et facilitant la poursuite ou la reprise d’études.

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