Interview de Gilles Roussel : la Grande Ecole du Numérique sera « une belle réussite »

26 mai 2015

CPU Infos

C’est la dernière ligne droite avant la remise du rapport sur la Grande Ecole du Numérique au Premier ministre, à la fin du mois de mai. Annoncée par le président de la République, le 5 février dernier, le projet d’école devrait voir le jour dès la rentrée prochaine. Le rapport confié à Stéphane Distinguin, PDG de Fabernovel et président de Cap Digital, Gilles Roussel, président de l’université Paris Est Marne-la-Vallée et François-Xavier Marquis, consultant et ancien directeur délégué du FAFIEC, doit dresser les contours de ce réseau de formations ciblé sur les métiers du numérique et destiné, en premier lieu, aux jeunes issus des quartiers prioritaires.
En avant-première, Gilles Roussel détaille, pour le site de la CPU, l’organisation, les objectifs et la philosophie de cette école innovante.

CPU : Quel est l’objectif de la Grande Ecole du Numérique ?

Gilles Roussel : Il s’agit de former les jeunes aux nouveaux métiers du numérique. Et les types de métiers sont variés : développement Web ou mobile, programmation, développement de logiciels, impression 3D, data science, illustration 3D, électronique, mais aussi métiers à dimension plus artistique (design) ou en lien avec la communication (community manager). Même si nous cherchons une diversité de public, la future école s’adresse principalement à des jeunes issus des quartiers prioritaires ou habitant en milieu rural, et qui ne sont ni en formation, ni en emploi. Il s’agit aussi d’attirer les jeunes filles car le numérique est un domaine encore largement masculin.

Et pour s’adapter aux spécificités du public accueilli, les formations de la Grande Ecole du Numérique feront la part belle à de nouvelles formes de pédagogie : je pense notamment au travail par projet, à l’alternance, au travail en groupe, à des évaluations réalisées par des pairs, à des tutorats, etc. On peut aussi imaginer s’appuyer sur des cours en ligne interactifs, comme les MOOCs. L’idée est de proposer une façon d’apprendre innovante et adaptée à des jeunes souvent rebutés par les formes d’enseignement traditionnelles.

Si l’accès à l’Ecole ne demandera pas de prérequis en matière de diplôme, elle sera néanmoins sélective. Au-delà de la cohérence du parcours antérieur ou des savoir-faire techniques, c’est davantage la motivation et la capacité à bien s’intégrer dans l’environnement qui seront pris en compte.

Les formations, entièrement gratuites, s’échelonneront sur une durée de 3 à 24 mois. Et nous réfléchissons à des moyens de financement pour les jeunes, notamment pour les aider à payer leur frais de transport ou à se loger.

La Grande Ecole du Numérique devrait voir le jour dès la rentrée prochaine. A terme, le Gouvernement se donne pour objectif 10 000 jeunes formés. Mais si nous pouvions toucher 3000 jeunes dès octobre prochain, ce serait déjà une belle réussite.

Quelle pourrait être son organisation ?

La Grande Ecole du Numérique sera en fait un réseau de formations instauré sur l’ensemble du territoire. Une structure nationale sera mise en place et sa première mission sera de labelliser les formations existantes. Nous allons nous appuyer fortement sur les structures et les collectivités locales qui ont déjà l’habitude de travailler avec ce type de public.
Il s’agit aussi de trouver des lieux, pour le déroulement des formations, mais aussi pour des échanges et des rencontres. Je pense notamment à des espaces de co-working, aux Fablabs et aux centres d’initiation au numérique portés par des associations.

A terme, on aimerait que la structure nationale de l’Ecole puisse permettre des mobilités entre les lieux de formation, un suivi de carrière des jeunes passés par la formation et un échange de bonnes pratiques entre les différents établissements qui concourent à son activité.

Concernant le statut juridique, il faut trouver une forme simple à mettre en place. Une fondation, par exemple, car ce statut permet d’attirer des capitaux privés.

Quel doit être son impact en termes d’insertion professionnelle ?

Nous voulons que tous les jeunes qui passent par cette Ecole trouvent un emploi à l’issue de la formation. Et pour cela, l’implication des entreprises locales est très importante.

Il faut mener un partenariat avec les acteurs locaux de l’industrie du numérique. En amenant les jeunes à multiplier les expériences professionnelles avec eux pendant leur formation (alternance/stages), leur insertion professionnelle sera facilitée.

Il y a un écueil à éviter et nous y sommes attentifs : le numérique est un secteur d’avenir qui propose sans cesse de nouveaux métiers, et par là même, de nouvelles formes d’insertion professionnelle. Je pense notamment à la création d’entreprises, au travail en free-lance. Si cela peut être une opportunité, il faut veiller toutefois à ce que cette activité indépendante ne soit pas une forme de précarité.

La Grande Ecole peut aussi être un tremplin pour intégrer des cursus de formation à des niveaux plus hauts, dans des filières universitaires, par exemple. La validation d’un certain nombre de compétences et connaissances sera mise en place pour permettre aux jeunes qui le veulent d’intégrer un cursus plus classique (IUT, BTS).

En quoi les universités peuvent-elles être un acteur de premier plan pour ce projet ?

Dans cette aventure, les universités proposeront des enseignements ciblés et labellisés. Elles pourront aussi être une ressource en termes de lieux d’accueil des étudiants. Enfin elles pourront offrir aux étudiants de l’Ecole des passerelles pour leur permettre de réintégrer un cursus universitaire : validations d’acquis d’expérience, diplômes d’accès aux études universitaires (DAEU).

Nous sommes encore en train de réfléchir au nom à donner à la Grande Ecole du Numérique. Est-ce que l’expression « Grande Ecole » est intimidante ou au contraire valorisante pour les étudiants ? Nous n’avons pas encore tranché. Vous aurez la réponse très prochainement, lorsque nous rendrons le rapport au Premier ministre.

Téléchargez la lettre de mission de Manuel Valls

Photo : auditions avant la remise officielle du rapport

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