Intégrité scientifique : l’université s’engage

6 février 2015

CPU Infos

S’interroger sur les enjeux de l’intégrité scientifique pour la recherche et la responsabilité de chacun des acteurs : tels étaient les objectifs du séminaire « « Intégrité scientifique, responsabilités et engagements des établissements » organisé par le CNRS, l’INRA, l’Inserm et la CPU, le 29 janvier dernier. Après une introduction de Jean Chambaz, président de l’université Pierre et Marie Curie, la charte de déontologie des métiers de la recherche a été signée par de nombreux organismes de recherche et la CPU.
Alors que le Québec a mis en place une politique similaire sur la conduite responsable en recherche, Mylène Deschènes, Conseillère à l’éthique et aux affaires juridiques pour les 3 fonds de recherche du Québec, s’est exprimée au cours du séminaire. Elle revient pour le site de la CPU sur l’expérience québécoise.

1) Pourquoi le Québec a-t-il mis en place des dispositions pour favoriser la déontologie et l’éthique en matière scientifique ? Quelles sont-elles ?

Trouver une façon concrète de soutenir une culture d’intégrité scientifique était pour nous très important, En tant que bailleur de fonds public, nous finançons la recherche avec l’argent de l’Etat. A ce titre, nous avons une responsabilité très forte car nous devons nous assurer que l’argent est bien utilisé, et a fortiori de manière intègre. Il était important d’avoir une position très claire en matière d’intégrité scientifique à l’égard de nos chercheurs qui bénéficient de nos financements. Pour rédiger notre code, nous nous sommes beaucoup inspiré des chartes européennes, de la politique déjà mise en place au Canada au niveau fédéral, mais aussi de la déclaration de Singapour sur l’Intégrité en recherche.

La charte que les établissements français de recherche et les universités ont signé aujourd’hui ressemble beaucoup à l’énoncé que nous avons formulé dans notre propre politique. La philosophie de base est la même : l’honnêteté, la confiance. Et d’un point de vue plus pratique, on note beaucoup de similitudes : la reconnaissance correcte des auteurs et de ses sources, la bonne utilisation des fonds publics, l’honnêteté dans la diffusion des résultats de la recherche. Il est primordial d’avoir une cohérence internationale au niveau de la déontologie car l’activité de recherche se mène dans une collectivité qui dépasse les frontières et qui est largement mondialisée. Il faut aujourd’hui avoir un discours commun sur ces questions-là.

2) Selon vous, qu’est ce qui conduit aux mauvaises pratiques scientifiques, telles que la fraude ? Note-t-on une accélération aujourd’hui ?

Pour moi, deux choses principales mènent aux mauvaises pratiques scientifiques :
– Le manque de connaissance chez les chercheurs sur les questions d’éthique : la recherche est en effet une activité de plus en plus complexe, tant au niveau des montages financiers que des partenariats. On est dans un système d’interactions. Quelquefois, il existe une méconnaissance chez le chercheur qui ne se doute pas qu’il est train de manquer à la conduite responsable. La formation prend ici toute son importance car elle seule permet de remédier à l’ignorance.
– Par ailleurs, il y a beaucoup de pression dans le système. En effet, les ressources de recherche, et notamment financières, sont limitées et c’est un milieu compétitif. La pression peut entraîner certains à vouloir « utiliser un raccourci », si je peux me permettre l’expression, pour arriver à ses fins et se faire connaître plus rapidement.
Quant à l’accélération des mauvaises pratiques à l’heure actuelle, il me semble qu’on manque de données pour l’affirmer. En revanche, une chose est sûre : ces manquements sont beaucoup plus mis en avant dans l’espace médiatique.
Et puis, comme dans n’importe quel domaine, le web peut accélérer le phénomène.

3) Comment les établissements d’enseignement supérieur peuvent-ils contribuer à la mise en œuvre de bonnes pratiques en recherche et de repères déontologiques ?

La formation est là aussi primordiale : celle qui s’adresse aux étudiants mais aussi celle au niveau de l’organisation. Il est en effet nécessaire que chaque partie considère l’intégrité scientifique comme une question importante. De plus, les établissements doivent créer des espaces de discussion autour de questions relatives aux bonnes pratiques. Chaque chercheur pourrait ainsi s’informer sur la façon d’agir de manière intègre. Il est urgent de créer une culture de l’intégrité scientifique. Et pour moi, il n’y a que dans l’établissement de recherche que cela peut se faire. Parce qu’il est l’employeur de tous les acteurs de la recherche, l’établissement a la légitimité et le pouvoir juridique d’imposer des sanctions disciplinaires à ses employés.

Téléchargez la charte de déontologie signée le 29 janvier dernier, en France.

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