Intégrité scientifique : à l’université de Bordeaux, sensibiliser et responsabiliser tous les doctorant(e)s

6 juin 2017

CPU Infos

C’est une formation à distance conçue pour et avec les doctorant(e)s des huit écoles doctorales de l’université de Bordeaux. Suivie pour la première fois en mai-juin 2017 par une promotion de 500 doctorants, elle repose sur des capsules vidéos de 3 à 6 minutes et propose des formats variés : enseignements académiques, interviews, mais aussi animations, quizz, forums… Yannick Lung, ancien président de l’université Bordeaux IV et Antoine de Daruvar, directeur de l’école doctorale Sciences de la vie et de la santé, sont à l’initiative de ce projet. Pour le site de la CPU, ils reviennent sur les contours de cette formation qui « permet aux doctorant(e)s d’aborder leur activité de recherche en toute responsabilité » et qui devrait s’ouvrir prochainement aux candidats à l’habilitation à diriger des recherches.

CPU : En quoi la mise en place d’une telle formation est-elle une nécessité aujourd’hui ?

Yannick Lung : La signature en 2015 de la Charte nationale de déontologie des métiers de la recherche par la CPU et la plupart des Etablissements publics à caractère scientifique et technologique, a marqué le début d’une dynamique salutaire autour de l’intégrité scientifique.

Alors que le statut même du savoir scientifique est de plus en plus remis en cause, comme l’a dénoncé la mobilisation mondiale du 22 avril lors des Marches pour les sciences, il était indispensable de mobiliser la communauté scientifique sur les questions déontologiques qui sont au cœur de la crédibilité de la science.

Antoine de Daruvar : Cela a été rendu possible grâce à l’engagement de Thierry Mandon qui ne s’est pas contenté de confier une mission à Pierre Corvol mais s’est aussi efforcé de mettre en œuvre rapidement les recommandations formulées par celui-ci. C’est ainsi que, dès mai 2016, le nouvel arrêté fixant le cadre national de la formation doctorale mentionnait pour la première fois que les écoles doctorales devaient s’assurer que chaque doctorant reçoive une formation à l’éthique et à l’intégrité scientifique.

Y L : La formation des doctorants a donc été le premier levier activé pour permettre à la France de rattraper un certain retard, en matière de politique en faveur de l’intégrité scientifique, par rapport à d’autres grandes nations de la recherche.

Quels sont les contours et les modalités de cette formation?

A de D : Il s’agit d’une formation à distance conçue pour et avec les doctorants, avec l’appui de la Mission d’appui à la pédagogie et à l’innovation de l’université de Bordeaux. Son objectif est de transmettre aux jeunes chercheurs non pas la connaissance de règles, mais une culture de l’intégrité scientifique leur permettant d’aborder leur activité de recherche en toute responsabilité.

Organisée en quatre modules, la formation repose largement sur des capsules vidéos de 3 à 6 minutes qui alternent un fil directeur que les enseignants proposent pour donner une cohérence à la formation et des interviews de nombreux experts. Elle comporte également, des animations, des quizz, des forums, des liens pour approfondir les questions traitées, sans oublier les “vidéos-campus” (sortes de micros-trottoirs conçus et réalisés par les doctorants). La formation est assez dense : on estime à une douzaine d’heures de travail le temps des apprenants.

Y L : La formation a été suivie en mai-juin 2017 par une première promotion de 500 doctorants en première année de thèse au sein des huit écoles doctorales de l’université de Bordeaux. Sur la base de cette expérimentation et des retours des experts sollicités comme beta-testeurs, nous allons proposer une nouvelle version pour la prochaine année universitaire.

Grâce à la CPU, le projet a été piloté en concertation avec des spécialistes de l’intégrité scientifique de différents EPSTs (CNRS, INSERM, INRA) et d’établissements d’enseignement supérieur. Depuis le départ, notre objectif est d’offrir une ressource qui puisse être mutualisée. La formation est conçue en open access sur la plateforme Moodle pour être utilisable par tous les établissements qui veulent s’en saisir pour tout ou partie afin de l’adapter à leurs propres besoins. Nous invitons les établissements intéressés à nous contacter. Nous envisageons par ailleurs d’en faire une version à diffusion large en s’appuyant sur la plateforme FUN.

A de D : ll est prévu aussi que cette formation soit suivie par d’autres publics que les doctorants. Ainsi, dans certaines écoles doctorales au moins, les candidats à l’habilitation à diriger des recherches seront invités à suivre la formation.

Dans quelle mesure les établissements d’enseignement supérieur sont-ils en capacité de contribuer à la mise en œuvre de bonnes pratiques en recherche ?

Y L : Les universités ont un rôle essentiel à jouer dans la promotion et la mise en œuvre des bonnes pratiques en recherche.

Tout d’abord, la sensibilisation et la formation à l’intégrité scientifique doit commencer dès l’entrée à l’université car cela touche au cœur même de la démarche scientifique. Cela fait partie d’une culture fondamentale dont l’acquisition est indispensable pour apprendre aux jeunes scientifiques à bien distinguer savoir et opinion.

A de D : Par ailleurs, chaque université partage habituellement la tutelle d’unités mixtes de recherche avec différents organismes. Elle a donc vocation à coordonner l’animation en faveur de l’intégrité scientifique pour que son personnel ne soit pas confronté à des usages différents en fonction de son unité de rattachement.

A travers la formation que nous avons développée, notre objectif est précisément de diffuser une culture renforcée de l’intégrité scientifique sur le site bordelais en coordination avec nos partenaires des EPSTs. Nous considérons que c’est une responsabilité sociétale essentielle de l’université de Bordeaux.

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