Francophonie : l’AUF et la CPU de concert pour « mettre en place une véritable stratégie francophone »

14 mars 2016

CPU Infos

Avec 822 établissements universitaires répartis dans plus de cent pays, l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) dispose d’un vaste réseau pour promouvoir la francophonie dans le monde. Depuis janvier 2016, Jean-Paul de Gaudemar est le nouveau recteur de l’Agence. Interviewé avec Jacques Comby, président de l’université Jean-Moulin Lyon 3 et président de la commission des relations internationales et européennes à la CPU, Jean-Paul de Gaudemar dresse les contours de sa nouvelle mission et insiste sur le rôle primordial joué par la CPU dans la mise en place de synergies entre les différents réseaux universitaires.

CPU : En quelques mots, pouvez-vous nous présenter l’AUF ? A qui s’adresse-t-elle ?

Jean-Paul de Gaudemar : L’AUF a deux facettes : elle est à la fois l’opérateur universitaire de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et elle fédère un réseau de 822 universités réparties sur les cinq continents qui dépasse largement le cercle habituel de la francophonie. Car, les établissements d’enseignement supérieur qui composent cette organisation sont soit totalement soit partiellement francophones. La grande force de l’AUF est d’être à la tête de ce réseau, et la CPU en est une composante essentielle. Il faut savoir qu’avec l’ensemble des universités, des écoles…, l’AUF compte 160 membres en France !

Jacques Comby : L’AUF permet à la francophonie de se développer par une synergie avec les réseaux universitaires et les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, mais aussi avec d’autres réseaux. Je pense notamment aux organismes, comme l’Institut de recherche pour le développement (IRD) qui est un organisme opérateur de développement incontournable dans certains pays, mais aussi le CNRS, l’INSERM, etc.

Elle a aussi un rôle très concret. Elle permet à des étudiants et à des enseignants de concrétiser des projets en les finançant. Par exemple, des étudiants doctorants étrangers peuvent bénéficier d’un financement pour venir passer un séjour dans un laboratoire d’une université partenaire pendant plusieurs mois. Les crédits qu’ils obtiennent dans leurs pays sont parfois tellement faibles qu’ils se voient dans l’impossibilité de réaliser leur projet sans l’AUF. L’AUF finance de nombreux projets de ce type, et bien d’autres encore.

JPDG : J’ajoute que dans un certain nombre d’universités récemment inaugurées, notamment en Afrique, beaucoup de formations scientifiques ont du mal à se mettre en place, faute d’équipements nécessaires. Pour leur venir en aide, nous allons monter des dispositifs d’expérimentation à distance permettant aux étudiants de travailler, via des plates-formes numériques, avec des universités équipées. Avec cette formation expérimentale à distance, les étudiants pourront obtenir leur diplôme. Le numérique est devenu un outil indispensable pour maîtriser les contraintes liées au temps et à l’espace mais aussi – et peut-être surtout- pour construire le modèle pédagogique adapté à l’université d’aujourd’hui et à ses publics toujours plus nombreux et plus diversifiés.

Quels sont ses missions et son rôle ?

JPDG : L’une des missions principales de l’AUF est de faire coopérer de manière optimale les universités dans le monde francophone.
Nous voulons promouvoir la francophonie d’une manière positive et offensive en démontrant que le monde universitaire francophone est porteur de beaucoup d’innovations. On a tendance à considérer que c’est un monde replié sur lui-même, sur sa langue et sur ses valeurs culturelles. Or, nos universités sont d’immenses réservoirs d’expertise et nous voulons les valoriser en nous mettant au service de projets académiques et scientifiques. On l’aura compris, l’AUF n’a pas vocation à n’être qu’un guichet de financement pour des projets ponctuels !

Nous voulons aussi promouvoir la solidarité au sein du monde universitaire. Certains pays, notamment africains, ont un système universitaire récent. Leur organisation reste fragile en termes de locaux, de professeurs et d’équipement, alors qu’ils sont confrontés à un afflux massif d’étudiants. C’est dans ce contexte que l’AUF peut jouer un rôle intéressant. Par la création d’un réseau solide et solidaire, elle donne à ces universités l’opportunité de profiter de l’expérience de pays dans lesquels la tradition universitaire est beaucoup plus ancienne (France, Québec, Belgique, Suisse…).

JC : On peut ajouter que la francophonie, une francophonie moderne, se décline de manière très différente en fonction des pays. L’intérêt que ces pays portent à francophonie varie dans sa forme et aussi sur le fond, par exemple, en Chine, en Afrique ou au Canada. La CPU et l’AUF vont devoir travailler ensemble sur ces différents aspects.

Comment l’AUF et la CPU peuvent-elles travailler ensemble concrètement ?

JC : Elles travaillent déjà ensemble depuis longtemps, de même qu’avec les établissements. Je suis moi-même ainsi que Khaled Bouabdallah, président de l’université de Lyon et vice-président de la CPU, administrateur de l’AUF. Cependant, pour mieux institutionnaliser nos relations, nous travaillons actuellement sur une convention-cadre que va signer très prochainement l’AUF avec la CPU, la Conférence des grandes écoles (CGE) et la Conférence des écoles d’ingénieurs (Cdefi). Celle-ci formalisera toutes les actions que nous pouvons réaliser ensemble et cela se fera très naturellement car la CPU partage entièrement la vision que Jean-Paul de Gaudemar vient d’exposer. La convention créera les conditions d’une synergie entre les universités françaises et entre l’AUF, la CPU et les établissements. Grace aux partenariats et en se fondant sur des projets co-construits, les établissements d’enseignement supérieur francophones pourront s’enrichir les uns les autres et développer des actions efficaces pour la francophonie. La CPU n’est pas un organe de contrôle mais elle participe à la mise en place d’une stratégie internationale francophone.

JPDG : Il ne s’agit pas de se substituer aux relations bilatérales privilégiées que chaque établissement entretient avec d’autres établissements francophones. En revanche, avec l’aide de la CPU, de la CGE, et de la Cdefi, nous pouvons donner à ces partenariats une dimension plus large, et plus collective.

Et l’AUF peut être la voix des universités francophones sur de grands enjeux sociétaux, partagés à l’échelle de la planète. Je prendrai l’exemple de la Cop 21, qui a eu lieu à Paris, au mois de décembre dernier. L’AUF y était présente car elle considère que l’université francophone a un rôle clé dans ces problématiques.

Quelles orientations voulez-vous donner à votre mandat pour ces quatre prochaines années ?

JPDG : L’AUF désire jouer pleinement son rôle d’opérateur universitaire en associant l’ensemble de ses membres. Cette dynamique devra profiter au monde universitaire francophone dans son ensemble. Trois mots clés guideront mon action pour ces quatre prochaines années :

– L’innovation, c’est-à-dire la capacité à faire valoir tout ce qui se fait d’innovant dans le monde universitaire francophone en termes de formation, de recherche, de transfert de technologie et de l’innovation ;
– L’expertise car l’AUF doit être à même de mettre davantage en avant et de faire-valoir l’expertise de ses membres en aidant à ce qu’elle soit pleinement reconnue et utilisée.
– Le partenariat : l’Agence n’a pas vocation à agir seule. Elle doit rassembler des forces, créer des effets leviers grâce aux regroupements qu’elle peut provoquer ou faciliter sur des projets importants, notamment au bénéfice du devenir professionnel des étudiants.

La valeur ajoutée apportée par l’AUF aux membres qui la composent proviendra de la combinaison de ces trois exigences Dans cette optique, les actions menées avec la CPU et les autres conférences sont importantes. C’est à travers des accords, tels la convention-cadre dont nous avons parlé plus haut, que nous serons capables de valoriser nos capacités d’innovation et d’expertise et de mettre en œuvre de nouveaux partenariats.

Je suis très optimiste quant au développement de la francophonie. Le XVe sommet de la Francophonie, qui s’était déroulé à Dakar en 2014, avait indiqué qu’en 2050, il pourrait avoir 800 millions de francophones, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Pour cette raison, la francophonie doit être offensive, porteuse d’avenir, d’expertises nouvelles et d’innovations. Dans ce domaine, les universités ont une responsabilité particulière car elles sont porteuses de progrès.

Si nous sommes fidèles à notre stratégie, alors oui, en 2050, la francophonie comptera 800 millions d’individus dans le monde, en particulier grâce à l’Afrique qui bénéficie d’une forte dynamique démographique.

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