Autonomie et recherche : pour Jean-Marc Monteil, universités et organismes doivent entretenir des « relations partenariales fortes »

Invité à s’exprimer lors du colloque annuel 2019 de la CPU, Jean-Marc Monteil met en lumière, dans cet entretien accordé au site de la CPU, les liens qui unissent universités et organismes de recherche. Pour celui qui fut Directeur général de l’Enseignement supérieur ainsi que premier vice-président de la CPU de 1996 à 1997, les universités doivent se saisir des opportunités offertes par l’autonomie pour définir leur politique scientifique, en lien avec les organismes de recherche qui « ont toujours tiré la recherche française vers le haut ».

CPU : Dans quelle mesure l’autonomie permet-elle à l’Université de définir une stratégie scientifique ?

Jean-Marc Monteil : L’Université a toujours eu des possibilités pour définir une stratégie scientifique même si elle était lestée d’un ensemble de contraintes : budgétaires, de postes, de subordination plus ou moins forte aux organismes de recherche ou encore aux dispositifs d’évaluation/accréditation ministériels. L’autonomie, consécutive à la loi LRU, change la donne en ouvrant, avec la maitrise de la masse salariale, des marges propres de liberté pour la gestion des ressources humaines. Dès lors, avoir la possibilité de choisir les femmes et les hommes au service de champs scientifiques adaptés aux contextes internationaux et spécifiquement définis au regard des domaines de compétences de l’établissement, et de le faire selon des calendriers programmables, constitue non seulement une liberté mais bien une exigence. Une loi sur la recherche ne peut que rendre cette exigence encore plus actuelle.

Quels liens les universités entretiennent-elles avec les organismes de recherche ? Comment ces liens devraient-ils évoluer ?

Ce que je crois avant tout, c’est que les relations entre les universités et les organismes doivent être des relations partenariales fortes. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours plaidé pour que les universités définissent précisément leur politique scientifique, comme je l’explique plus haut. Chacun sait que les organismes de recherche ont toujours, génériquement, tiré la recherche française vers le haut en permettant, notamment, aux enseignants chercheurs, aux chercheurs, aux ingénieurs, techniciens et administratifs (ITA) et aux personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux, de santé et des bibliothèques (IATOS) de s’installer dans des mixités efficaces et productives. Mais il fut un temps, pas toujours totalement révolu, où le comportement scientifique des universités était étroitement dépendant des organismes. L’une des raisons réside dans le caractère prescriptif de l’évaluation de leurs équipes par le CNRS. J’en parle d’expérience car j’ai siégé, longtemps et avec plaisir, au département Sciences de la Vie du CNRS (l’actuel INSB). Par ailleurs, et surtout, les organismes de recherche disposaient, et disposent, d’indispensables ressources humaines dont ils peuvent gérer l’affectation.
La recherche est, en effet, avant tout un problème et un enjeu de ressources humaines.
Aujourd’hui la relation entre les unes et les autres a considérablement évolué, notamment avec les ressources humaines confiées aux universités. Cependant, pour s’inscrire dans un vrai partenariat, il convient que les universités soient en mesure de définir des politiques scientifiques clairement évaluées et évaluables comme référentes ou potentiellement référentes dans l’espace international de la recherche et que les organismes s’installent dans des postures et des espaces de dialogues réellement paritaires.
Dès lors, au sein de la CPU, les établissements devraient être en mesure, par la richesse et la diversité de leurs expériences, de contribuer à alimenter la nécessaire réflexion stratégique de chacun d’entre eux et de nourrir l’indispensable dialogue partenarial avec les organismes.

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