Accompagner la reconstruction de notre pays : les universités « seront au rendez-vous » !

Depuis le début de la crise sanitaire, la recherche universitaire a pris une importance considérable dans les décisions publiques et dans le débat qui anime la société. Car « face à l’inconnu, la science reste notre meilleure alliée », pour reprendre les propos de François Germinet, président de CY Cergy Paris Université. Dans cette interview accordée au site de la CPU, il met en lumière l’apport de la recherche, seule à même d’apporter aux pouvoirs publics des éléments « fiables et éprouvés ». Et pour reconstruire la France et l’Europe fragilisées, tant sur le plan économique que sur le plan sociétal, la recherche, la formation et les étudiants seront une boussole.  

Comment cette crise a mis en évidence les apports fondamentaux de l’Université à la société française ? 

Dès le début de la crise, les pouvoirs publics se sont appuyés sur les recherches scientifiques, et toutes les disciplines ont été mobilisées. Car face à l’inconnu, la science reste notre meilleure alliée. 

En revenant sur les grandes épidémies passées et la façon dont l’humanité y avait fait face, les historiens, les sociologues et les anthropologues de nos universités ont apporté des premières clés de compréhension. 

Les épidémiologues nous ont éclairé sur la façon dont le virus se propageait avec une phase de croissance initiale exponentielle qu’il fallait absolument limiter ; les mathématiciens ont mis au jour des modèles mathématiques sur l’avancée de l’épidémie et sa prévision.

Et bien sûr la recherche médicale, au sein des CHU (centres hospitalo-universitaires), en pointe depuis le début de la crise pour comprendre le virus, le combattre, enrayer l’épidémie et sauver le plus de vies possible.

Ainsi, forte des recherches menées depuis des années dans les universités, le temps long de la science apporte un recul salutaire et une expertise cruciale pour agir rapidement en temps de crise aigüe. Les scientifiques sont en effet capables de mobiliser en quelques jours des savoirs acquis sur des décennies et à l’échelle mondiale. A titre d’exemple, de nombreuses recherches avaient été faites sur le VIH et sur le H1N1. Les scientifiques ont ainsi été capables d’analyser le nouveau virus beaucoup plus rapidement que ce qui aurait été possible de faire, ne serait-ce qu’il y a 20 ans.  

Les pouvoirs publics ont ainsi disposé d’éléments fiables et éprouvés capables de leur donner des éclairages pour prendre des décisions sur le court et le moyen terme. 

Cette crise a mis aussi en évidence le fossé qui sépare le temps court de la société et le temps long de la recherche. Les controverses sur les traitements médicaux en sont un exemple criant.  En général, les médias et les pouvoirs publics ont un besoin légitime de réponses immédiates et tranchées. Or, la recherche médicale nécessite des protocoles, des vérifications qui ont besoin d’un temps long. Sous la pression publique, il y a la volonté d’aller très vite, ce qui peut se révéler très dangereux. Le mieux reste de faire confiance à la rigueur scientifique et aux communautés internationales de chercheurs !

Quels rôles les universités vont-elles avoir dans l’après de cette crise sanitaire? 

En ce temps de crise aigüe, la recherche universitaire est en première ligne, comme expliqué ci-dessus. Mais dès que nous amorcerons la phase du redémarrage de l’économie, la dimension formation va devenir extrêmement importante, et même cruciale, notamment la formation continue. Pour reconstruire notre pays et l’Europe, nous allons devoir accompagner immédiatement, dès l’année prochaine, des montées en compétences de techniciens, des reconversions professionnelles, des besoins « flash » de formation continue, pour accompagner la reprise des entreprises et aider les personnes que se sont retrouvées brusquement au chômage à cause de la crise sanitaire. Mais en même temps, à court terme, sur 2 ou 3 ans au plus, davantage d’ingénieurs, de médecins, de biologistes, de gestionnaires, etc.

On parle de ré-industrialiser la France, et de retrouver des PME et des ETI (entreprise de taille intermédiaire) avec un savoir-faire industriel, comme l’Allemagne a su le conserver depuis plus d’un siècle. Il faudra pour cela former un grand nombre d’ingénieurs supplémentaires, des managers, des techniciens, avec une culture de projet résolument tournée vers la recherche créative de nouvelles solutions (ce que l’on appelle parfois le design collaboratif ou encore le « design thinking »). Pour penser les nouveaux marchés (circuits courts, nouveaux comportements économiques), les écoles de commerce et les écoles universitaires de management (IAE), les IUT, les masters en sciences humaines et sociales vont jouer un rôle important. 

Par ailleurs, la montée en puissance du télétravail pendant cette crise va sans doute avoir un impact durable sur la physionomie du travail. Je pense notamment à notre rapport au travail, à l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle. 

Ce sont donc globalement de nouveaux enjeux de société qui nous font face. Les sciences politiques et les sciences humaines en général feront entendre leur voix et formeront les étudiants à ces nouveaux enjeux. 

Dans quelle mesure l’enseignement supérieur sera un « moteur » pour construire une société plus réfléchie et plus respectueuse de l’individu ? 

Je pense que c’est le sujet de tout politique et de tout individu que de vouloir construire la société de demain. Pour autant, les étudiants et les chercheurs auront une influence décisive dans la reconstruction de la société. 

La recherche : les scientifiques apportent des éclairages à partir de la recherche passée et présente. Et la société en aura un besoin impérieux pour inventer le monde dans lequel elle veut vivre.  

Les étudiants : dans les universités et dans les écoles, nous constatons depuis plusieurs années une conscience très forte des étudiants d’inventer des modes de fonctionnement différents pour vivre dans des conditions sanitaires et sociétales correctes à l’avenir. La préoccupation environnementale est devenue, chez les étudiants, la première préoccupation, avant même celle de l’insertion professionnelle. La crise ne va faire qu’accélérer ce phénomène. 

La formation sera au rendez-vous pour apporter aux étudiants des outils pour construire ce monde durable !