Rachida Brahim : quand la sensibilité rencontre la rigueur intellectuelle

9 octobre 2015

On en parle

Il est des sujets de thèse qui ne laissent pas indifférents comme celui de Rachida Brahim, cette doctorante dont le travail porte sur les crimes racistes commis entre 1971 et 2003. Le 1er octobre dernier, elle était à Paris pour défendre les couleurs de la France lors de la finale internationale du concours « Ma thèse en 180 secondes », dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Si son travail répond à l’exigence intellectuelle propre à tout chercheur, il témoigne aussi d’un engagement sans faille et d’une volonté de trouver des réponses à des questions qui lui tiennent à cœur.

« Crimes racistes et racialisation. Processus de différenciation et d’universalisation des groupes ethniquement minorisés dans la France contemporaine, 1971-2003 ». Le sujet de thèse de Rachida Brahim est le fruit d’une longue maturation. « Je suis née et j’ai grandi à Metz. Nous sommes d’origine algérienne. Et dans ma famille, on ne parlait pas vraiment de l’histoire de l’Algérie : ni de la colonisation, ni de l’immigration vers la France. J’ai compris a posteriori que les choix que j’avais fait dans mes études répondaient à une quête de sens, à un besoin de reconstruire une histoire difficile à transmettre ».

Après avoir suivi un Master à Aix-en-Provence « Histoire, option patrimoine méditerranéen » ainsi qu’un Master recherche à Montpellier « identités et territoires en Méditerranée », Rachida voulait absolument continuer la recherche en effectuant une thèse. « Certains professeurs me proposaient des sujets, mais je voulais attendre de trouver un sujet qui me tienne vraiment à cœur ». Ce sujet, son expérience saura lui apporter…

La naissance du sujet

«Après mon master, j’ai décidé de me lancer dans la vie active. J’ai travaillé dans le milieu associatif et notamment dans un centre social dans les quartiers nord de Marseille. J’y ai rencontré des personnes majoritairement issues de l’immigration maghrébine et qui m’ont raconté toutes sortes d’histoires de crimes racistes impunis. L’intrigue était née ».

La question de l’injustice dans un état de droit l’interpelle particulièrement. Et la curiosité l’emporte. Rachida passe donc trois ans à décortiquer les archives des associations, de la police, du ministère de la Justice et de l’Intérieur ainsi que celles du Parlement. Elle va à la rencontre de personnes ayant dénoncé les violences ethno-raciales entre le début des années 70 et la fin des années 90, alors qu’à cette époque, le mobile raciste n’est pas reconnu par la loi. En effet, Il faudra attendre la loi du 3 février 2003 pour que les infractions à caractère raciste soient reconnues et plus durement sanctionnées.

Un travail essentiellement humain

Un sujet très humain : c’est l’une des forces et des difficultés du travail de Rachida. Elle est allée à la rencontre de personnes issues de l’immigration maghrébine. « Lors de nos entretiens, j’ai demandé à ces personnes de me parler des violences qu’elles avaient subies et dont elles avaient été témoin en tant qu’immigrés ou enfants d’immigrés et la manière dont elles s’étaient engagées pour dénoncer ces violences. Ce sont des moments intenses et délicats, car, lors de nos rencontres, je leur demande de prendre du recul par rapport à des situations particulièrement difficiles : des meurtres, des assassinats, ou des attentats. Il y a évidemment beaucoup de souffrance qui remonte à la surface ».

Donner à tous des outils pour décrypter le réel

Alors qu’en France, les tensions sociales sont très fortes et que, pour Rachida, « le racisme est structurel, permanent et feutré » dans toute société, la thèse entend apporter à chacun, des clés pour comprendre et décrypter ce phénomène.

« Et puis, pour moi, il est primordial de faire connaître mon travail. Le concours “Ma thèse en 180 secondes ” tombe à point nommé. A Nancy, en juin dernier, j’ai remporté le deuxième prix de la finale nationale et j’en suis très heureuse. Mais la vraie victoire, à mon sens, c’est de pouvoir parler de mes recherches et d’avoir une tribune pour que mon travail soit entendu ».

Photo (CPU-CNRS) : Rachida Brahim lors de la finale internationale de MT 180, le 1er octobre dernier

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