Réception de la CPU à l'Élysée : le discours de Jean-Loup Salzmann

Monsieur le Président de la République, madame la Ministre, monsieur le Secrétaire d’Etat, mesdames et messieurs les députés, mesdames et messieurs les sénateurs, mesdames et messieurs les présidents et directeurs, mesdames et messieurs les recteurs et membres des corps constitués, chers partenaires et amis des universités, chers amis !

Monsieur le Président de la République, c’est la troisième fois que vous donnez un dîner en l’honneur des membres de la CPU, marquant ainsi la reconnaissance du plus haut niveau de l’Etat pour ses forces d’enseignement, de recherche et d’innovation.

Au nom de tous les membres de la CPU, universités et grandes écoles, je vous en remercie chaleureusement. Je vous remercie aussi d’avoir maintenu ce diner en dépit de l’actualité.

A ce sujet, je me permets, à titre personnel, de vous dire a quel point votre annonce du 1er décembre m’a attristé. Je tenais aussi, publiquement, à vous dire à quel point j’ai apprécié votre présidence et l’humanité dont vous avez toujours su entourer votre action.

L’an dernier, à cette même occasion, et à une heure de son histoire où la France était meurtrie et endeuillée, j’évoquais devant vous le rôle crucial que pouvaient jouer nos universités pour expliquer les phénomènes de terrorisme, de fanatisme et de radicalisation. En un an, nous avons vu des sociologues, des psychologues, des médecins, des historiens, des politologues, et tant d’autres publier des travaux de recherche sur ces sujets, aidant ainsi notre pays à déchiffrer l’indéchiffrable pour aller de l’avant. C’est là le rôle de l’Université : être un lieu d’ouverture, au service de la société.

On apprend, à l’Université, à exercer son sens critique. A l’heure des réseaux sociaux et d’une information pléthorique, il est primordial que les citoyens que nous formons soient capables de garder une distance et une capacité à se faire leur propre jugement. Une agrégation d’informations, aussi foisonnante et accessible soit elle, n’est pas une connaissance et encore moins un savoir construit et maîtrisé (et ce ne sont pas les journalistes présents ce soir qui me contrediront). Dans un monde où la superstition progresse et laisse le champ libre à l’obscurantisme, un monde dans lequel la première nation scientifique vient d’élire un vice-président « créationniste », la science est notre plus grande richesse. Nous mesurons malheureusement chaque jour les coups portés à la science par les attaques, physiques et idéologiques, contre les universités et les chercheurs qui y exercent dans d’autres pays.

La France a besoin d’innover, d’ouvrir de nouveaux champs de connaissance. Je salue les présidents et représentants des organismes de recherche présents dans cette salle, et je sais qu’ils partagent la conviction des présidents d’université, qui sont avant tout des enseignants chercheurs. La recherche de notre pays se fait en majorité dans les universités et s’épanouit dans sa pluridisciplinarité, au contact avec la formation. Il s’agit du modèle international des universités, qui ne fonctionne que si on y consacre les moyens nécessaires et si on libère les énergies créatrices. C’est l’esprit du programme d’investissement d’avenir ; dont vous avez décidé de consacrer une grande part à l’enseignement supérieur et à la recherche, et je vous en remercie.

Enfin la France a besoin de rêver ! Monsieur le Président, alors que nous dînerons tranquillement ce soir, un de nos concitoyens, Thomas Pesquet, va passer au moins 4 fois au-dessus de nos têtes. C’est une grande fierté nationale, et plusieurs universités françaises sont engagées dans des expérimentations qu’il conduira pour nous, à 400 km de notre planète.

Comprendre, former, chercher, innover, rêver : nous allons devoir convaincre les candidats aux élections de 2017 qu’ils devront, non seulement soutenir, mais construire avec les universités, parce qu’elles sont le fer de lance de la France de demain.

Je sais que nous pouvons compter sur le soutien de nombreux élus : je félicite à ce sujet les députés de plusieurs groupes politiques de tous bords – en particulier mon ami Jean-Yves Le Déaut- pour avoir déposé à l’Assemblée nationale une proposition de résolution « sur les sciences et le progrès dans la République ».

Monsieur le président, cette valeur de la parole scientifique, je viens d’en parler, je sais que vous la partagez et qu’il s’agit d’une des raisons qui vous ont fait, systématiquement, associer à vos visites d’Etat à l’étranger, des présidents d’université. Il s’agit là d’une pratique jusque là presque inédite, et je vous en remercie, tout comme je vous remercie de vous être rendu à plusieurs reprises dans des universités et d’avoir souvent procédé à des arbitrages en notre faveur, en des périodes difficiles. Notre communauté gardera aussi le souvenir qu’une de vos premières actions fut, avec Geneviève Fioraso, d’abroger la tristement célèbre circulaire Guéant.

Nous allons justement devoir convaincre les futurs élus de placer l’enseignement supérieur et la recherche au cœur de leur projet, et d’y investir massivement. Le Royaume-Uni post Brexit l’a bien compris et a ainsi décidé d’investir 2 milliards de £ par an jusqu’en 2020 dans la Recherche et le développement, afin d’attirer innovateurs et investisseurs.

Les universités européennes souffrent d’un retard massif d’investissement face à leurs concurrents asiatiques et américains, et j’espère que c’est la France qui donnera le signal de cet engagement européen.

Nous allons devoir convaincre notre classe politique de faire confiance aux universités en leur donnant plus d’autonomie, en les autorisant à expérimenter, en consolidant les acquis positifs des lois de 2007 et de 2013, et en poursuivant la simplification qu’a entamée notre ministre Thierry Mandon. Les universités ont besoin d’un Acte 3 de l’autonomie pour remplir leurs missions et pouvoir concourir au même niveau que leurs homologues étrangers. Cela ne passe pas forcément par une loi, comme nous en avons l’habitude dans notre pays. Nous sommes fatigués d’avoir à consacrer du temps et de l’énergie à modifier sans cesse nos statuts et nos gouvernances pour les adapter à un modèle unique et rigide qui doit s’appliquer à tous. Il en est ainsi des cahiers des charges des appels à projet du PIA et de leur interprétation par le Jury qui devraient, a mon avis, se concentrer sur la science et les pratiques pédagogiques et nous laisser maitre de nos structures et de notre gouvernance. Je le dis et le redis, de même qu’il n’y a pas qu’une excellence, qu’il n’y a pas un modèle unique et parfait de gouvernance, mais DES excellences et DES modèles adaptés à chacun de nos sites.

Pour nous, l’autonomie des universités devrait s’appuyer sur un triptyque : La confiance a priori, puis une évaluation indépendante, qui seule peut permettre à l’Etat de prendre les décisions organisationnelles ou budgétaires qui en découlent.

La réforme de l’accès en master, dont nous espérons l’aboutissement, montre qu’il est possible de faire évoluer l’université, dans un sens que souhaitent toutes ses parties prenantes ; et j’en profite pour remercier notre ministre Najat Vallaud-Belkacem pour la manière dont elle a conduit les échanges avec les organisations syndicales sur ce sujet, lesquelles ont su faire preuve d’une ouverture et d’écoute que je salue.

Nous partageons la même certitude, monsieur le Président, l’avenir de la France ne se fera pas sans ses établissements d’enseignement supérieur et de recherche, sans les femmes et les hommes qui font l’Université, et celle-ci ne relèvera pas les défis de la compétition internationale sans une véritable autonomie.

Dans quelques jours s’achèvera mon second mandat à la tête de la CPU, en compagnie de Khaled Bouabdallah et Gérard Blanchard, que je remercie. Dans quelques jours, je vais remettre les clés de la « Maison des Universités » à mon successeur.

La tâche qui attend la future équipe à la tête de la CPU est certes rude mais elle est tout aussi exaltante parce que c’est de l’avenir de la France et de sa jeunesse qu’il s’agit.

En guise de maxime, je souhaiterais conclure en soulignant que le seul gouvernail qui devrait guider le vaisseau France est celui du progrès scientifique.

Monsieur le Président de la République, l’Université est un prolongement direct de l’Ecole de la République, un rempart de la démocratie. Dans cet esprit, nous allons interpeler lors de notre prochain colloque les 28 février et 1er mars à Reims, les candidats a la présidentielle qui partagent, comme nous tous ici, les valeurs républicaines. Ce colloque sera consacré à concrétiser les propositions que la CPU adressera à la Nation. Au nom de toute la CPU, nous serions, évidemment, très honorés si vous acceptiez d’ouvrir ce colloque.

Monsieur le Président, je vous remercie sincèrement d’avoir bien voulu organiser ici, mon pot de départ en toute simplicité, et je vous cède la parole.

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