Conférence des présidents d'université

    

Lettre du 27 novembre 2009 - n°26

   
   

Mastérisation : des propositions qui ne sont pas à la hauteur des enjeux



Lors de sa réunion plénière du 19 novembre, la CPU, à l'unanimité de ses membres, a exprimé son désaccord avec les propositions formulées par les deux ministres, considérant qu'elles ne permettraient pas d'atteindre les objectifs visés : améliorer la formation des futurs enseignants et leur niveau de recrutement, au service d'une école de qualité et de la réussite des élèves.

Les propositions formulées par les deux ministres mettent en évidence un malentendu profond sur ce que sont des masters : à savoir des parcours universitaires de spécialisation de quatre semestres, adossés à la recherche, avec des modes de fonctionnement et des calendriers adaptés aux enjeux professionnels de formation et aux standards européens.

De même, ces propositions traduisent une méconnaissance de la réalité des parcours étudiants, des difficultés de réorientation en cours de cursus et du risque d'accroissement de la durée des études  induit par ces propositions.

Enfin la CPU ne comprend pas que cette réforme ne soit pas l'occasion de définir un modèle de formation des maîtres scientifiquement et pédagogiquement amélioré et novateur, s'inspirant des modèles les plus avancés au niveau européen. Car in fine, les enjeux de la formation des enseignants sont d'abord ceux des élèves des écoles, des collèges et des lycées qu'il faut faire réussir en plus grand nombre et à qui il faut donner ou redonner le plaisir et le goût d'apprendre et de réussir.

C'est pourquoi, engagées dans la formation des enseignants depuis de longues années, les universités et leurs composantes entendent assumer pleinement leur responsabilité majeure pour mettre en place des cursus universitaires de qualité et cohérent.

En conséquence, la CPU attend des évolutions sur ce dossier et revendique d'être consultée et associée à la définition du cadrage national des masters et aux maquettes des concours.

Pour une politique nationale de l’Information Scientifique et Technique



La carrière des enseignants-chercheurs dépend en grande partie de la publication de leurs résultats de recherche. Or pour publier, il faut s’appuyer sur la littérature de niveau scientifique, la lire et la critiquer. C’est pourquoi un chercheur passe généralement une bonne moitié de son temps à se confronter à l'Information Scientifique et Technique (IST). L’accès aux ressources documentaires est ainsi un enjeu primordial au vu du rapport étroit entre la documentation disponible et la production de la recherche.

La lecture critique des travaux antérieurs requiert des matériaux où le traditionnel papier laisse une part croissante à la documentation électronique. Or l’accès à cette dernière est de plus en plus réservé aux chercheurs qui ont des moyens substantiels. En effet, en 20 ans, la progression annuelle moyenne des tarifs d’abonnement aux ressources électroniques a été largement supérieure à l’inflation : 4,5% de plus chaque année ! Si ces tarifs élevés étaient au départ justifiés par les investissements importants de création des bases de données, ils s’avèrent aujourd’hui toujours en augmentation. Certes, cette hausse des coûts diffère d'une revue à l'autre et selon les disciplines : elle n'en reste pas moins insupportable, d'autant que, contrairement au support papier, il ne s'agit que d'un droit d'accès et non d'une acquisition pérenne.

Les universités françaises dépensent 21 millions d’euros chaque année pour la seule documentation électronique. Face aux multinationales de l’édition scientifique, elles tentent donc de s’affirmer. Ainsi ont-elles créé le consortium Couperin[1] pour négocier en leur nom. Mais l’équilibre leur reste largement défavorable : le consortium a récemment calculé qu’un accès élargi à tous les titres électroniques entrainerait un surcoût de 10% pour l’université.  Dans ce paysage, ce sont les universités pluridisciplinaires qui sont les plus vulnérables dans la mesure où, pour assurer à leurs communautés l’accès à des ressources disciplinaires très variées, elles doivent cumuler les abonnements à des bouquets multiples. Au train où vont les choses, certaines universités devront d’ici peu se passer de ressources électroniques capitales.

Comment concevoir que la science produite grâce aux subsides de l’Etat soit si difficilement accessible au chercheur comme au citoyen ? C’est une question qui dépasse largement les aspects économiques et la puissance publique devrait prétendre à un retour sur investissement bénéfique à tous.

En Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas, un système de licences nationales est en place depuis plusieurs années. Chaque université a un accès à un fondamental de ressources documentaires électroniques selon les disciplines qui la concernent, quels que soient sa taille et son budget.

La question de la TVA des articles scientifiques mériterait aussi une remise à plat. En effet, pour un contenu identique, un article a un taux de TVA à 2,10% publié en version papier et à 19,6% s'il est sur support électronique. Certains pays de l'Union européenne remboursent la différence de TVA aux bibliothèques qui souscrivent des abonnements électroniques… mais n’est-ce pas le taux en lui-même qu'il faudrait reconsidérer ?

Enfin, des modèles innovants de diffusion existent : le principe « auteur-payeur», à l’inverse du modèle traditionnel de l'abonnement, transfère les coûts sur les institutions de rattachement des auteurs et permet l’accès libre à une information de niveau scientifique qui valorise les organismes producteurs et contribue à leur visibilité internationale.

Le mouvement de l'Open Access (Libre Accès) consiste quant à lui à opérer une diffusion libre et gratuite de revues à comité de lecture[2] ou d'articles directement déposés dans des dépôts institutionnels. En Espagne ou aux États-Unis, des lois sont en préparation pour imposer à tout chercheur financé par des fonds publics de déposer ses travaux dans des dépôts électroniques institutionnels. En Allemagne, un accord passé avec l'éditeur Springer oblige les chercheurs à déposer leurs articles simultanément chez l'éditeur et dans un dépôt institutionnel (préservant à long terme la recherche allemande). Ces solutions existent : pourquoi ne pas s’en inspirer pour que les chercheurs puissent continuer à lire et non pas périr ?

La CPU appelle donc de ses vœux une politique nationale de l’Information Scientifique et Technique pour réaffirmer le rôle de la recherche française dans la communauté internationale. Dans cet esprit, en s’appuyant sur l’expérience de nos homologues européens, la CPU a proposé à la commission en charge du grand emprunt national que soit mise en œuvre une politique de licence nationale pour les périodiques scientifiques, avec rachat des ressources électroniques des années antérieures ; et que ce projet s’inscrive dans le cadre de la construction d’une bibliothèque numérique européenne, rassemblant l’ensemble des ouvrages publiés.  

 

 


[1]    Consortium universitaires pour les ressources numériques, créé en 1999.

[2]    Un exemple en sciences : PloS http://www.plos.org



Prochain colloque annuel de la CPU consacré aux « Doctorat, Doctorants et Docteurs »



La Conférence des Présidents d’université organise son prochain colloque annuel, consacré aux « Doctorat, Doctorants et Docteurs », à Nancy les 1er et 2 avril 2010.

Le doctorat constitue en effet le diplôme identitaire de l’Enseignement Supérieur dans son lien avec la recherche. Depuis une dizaine d’années, le cadre du doctorat a évolué, et l’on parle désormais d’études doctorales.
La CPU propose d’analyser les évolutions récentes, qui ont d’ores et déjà modifié le périmètre de délivrance du doctorat, mais aussi la nature de la formation du docteur et les conditions, au sens large du terme, dans lesquelles le doctorant assure sa « scolarité ».

Un bilan sera fait sur la création des écoles doctorales, sur leur format, ainsi que sur leur insertion institutionnelle. Quels sont la typologie et le fonctionnement des écoles doctorales, leur articulation avec les Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur, les écoles et les organismes de recherche, enfin quel est leur degré d’internationalisation ?

Les écoles doctorales ont pour principal objectif d’élargir la formation destinée à l’encadrement scientifique des doctorants. Le doctorant est désormais inséré dans une équipe de recherche, signataire d’une charte des thèses traitant des droits et devoirs respectifs du doctorant, du directeur de thèse, mais aussi des directeurs de laboratoire et de l’école doctorale, enfin bénéficiaire potentiel d’un contrat doctoral. L’accent sera mis tout particulièrement sur les missions et répercussions du contrat doctoral, tant pour les doctorants que pour les établissements.

Après avoir déterminé quel rôle de pivot stratégique jouent les écoles doctorales dans les politiques universitaires, y compris à l’international, les débats porteront sur les débouchés offerts au Docteur, son employabilité en entreprise et son insertion professionnelle.

   

La CPU attachée au principe de la délégation globale de gestion des unités mixtes de recherche



La Conférence des Présidents d’université a confirmé, le 19 novembre 2009, son attachement au principe de la délégation globale de gestion des unités mixtes de recherche, selon les conclusions du rapport d’Aubert, et en accord avec les propositions de l’IGAENR.

La règle de cette délégation globale de gestion est qu’elle est assurée par l’hébergeur, c'est-à-dire l’Université pour toutes les unités mixtes hébergées et les organismes sur des emprises foncières et/ou dans les bâtiments qu’ils possèdent en propre.
A ce titre, la CPU ne peut se déclarer favorable aux propositions faites par des organismes de recherche de s’accorder sur un partage généralisé de la gestion des UMR, entre les organismes et les universités, sans référence obligatoire à leur qualité d’hébergeur.
En cas de formations multi-sites, hébergées conjointement par une ou plusieurs universités et un organisme, la modalité de gestion doit être décidée d’un commun accord entre les partenaires. Enfin la CPU rappelle que la délégation globale de gestion ne remet nullement en cause la mixité des formations de recherche. A ce titre tout retrait de personnels par le partenaire non délégataire serait contraire à la délégation globale de gestion.

Par ailleurs, la CPU a décidé de soutenir la mise en œuvre de cette délégation globale de gestion des unités mixtes de recherche. Pour ce faire, et dans un souci de démarche qualité appliquée à la gestion de la recherche, elle a lancé une enquête sur l’état de préparation des établissements et demandé à l’AMUE de mettre en place une formation-action destinée aux établissements. Les universités sont d’ores et déjà, dans leur majorité, en mesure de répondre favorablement à la mise en œuvre ou au développement des pré-requis que sont : la politique d’achat public, la délégation de signature, le déploiement de la carte achats et de la carte affaires, la gestion des contrats et l’organisation de structures de gestion dédiées à la recherche et centralisées.