Edito

La multiplication des communiqués ou articles de presse tirant des conclusions rapides de quelques chiffres isolés pour alimenter les positions tranchées des uns ou des autres est dommageable à la qualité du débat public.
En ce qui concerne l’enseignement supérieur et la recherche, il appartient aux universitaires que nous sommes de respecter trois principes qui sont au cœur de notre métier : prudence, nuance et distance, ce qui n’est pas inconciliable avec l’engagement et la détermination.
C’est pourquoi, sur la question de la démocratisation de l’enseignement supérieur et du profil socio économique de ses usagers, sujet sérieux et grave s’il en est, nous publierons bientôt un dossier qui abordera cette question sur la longue durée et sous des angles variés.
Nous essaierons par ailleurs dans tous les échanges relatifs à ce sujet de nous appuyer sur des sources et chiffres reconnus, comme ceux que produit la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance, dans des publications reconnues comme l’Etat de l’enseignement supérieur ou le très complet Repères et références statistiques.
Ces sources permettent un examen comparatif fiable des différents domaines d’enseignement supérieur, en particulier des universités, et fournissent des statistiques précieuses sur la composition sociale de nos filières.
On y apprend ainsi qu’il n’existe pas d’étude précise, au ministère, sur la composition sociale des « grandes écoles », mais qu’on trouve 4,3% d’enfants d'ouvriers et 6,9% d’enfants d'employés dans les « autres formations d'ingénieurs non universitaires» ; et 2.2 % et 6 % dans les « écoles de commerce, gestion, vente et comptabilité », contre respectivement 7,4 % et 10,5 % chez les étudiants de niveau Master de nos universités et 11,9% et 15,2% chez nos étudiants de licence
Au-delà d’une polémique stérile, il est donc utile de rappeler que ce sont les universités qui permettent aujourd’hui à un maximum de jeunes d’accéder à un niveau de connaissance et de compétences et à un statut social que n’avaient pas leurs parents. En accueillant tous les étudiants qui souhaitent s’y former, sans sélection et pour des droits d’inscription modestes, les universités françaises relèvent largement le défi de la démocratisation de l’enseignement supérieur depuis 40 ans.
Propositions de la Conférence des Présidents d’Universités pour le Grand Emprunt National

Le gouvernement a décidé de lancer un grand emprunt national, en soutien à une économie durement touchée par la crise. La CPU n’a pas à se prononcer sur l’opportunité ou l’efficacité de cette solution, mais peut au moins se féliciter du fait que, à l’occasion de cet emprunt, l’enseignement supérieur et la recherche soient aujourd’hui considérés par la puissance publique comme un facteur objectif de croissance, et traités devant la représentation nationale et devant la Nation toute entière comme le levier par excellence de la reprise économique. Cette reconnaissance exceptionnelle (et somme toute assez récente) nous crée en retour un devoir, le devoir de défendre des projets qui soient à la hauteur de la confiance qu’on nous accorde.
Rappelons que les 106 établissements que rassemble la Conférence des Présidents d’Université représentent plus d’un million et demi d’étudiants. Ces établissements sont donc au cœur du processus qui permettra d’atteindre les objectifs de Bologne et de Lisbonne : faire de l’Union européenne l’économie de la connaissance la plus attractive et la plus dynamique du monde.
Dans cette perspective, le Bureau a pris le parti d’une part de collaborer avec de nombreuses institutions sur des projets partagés, et d’autre part d’élaborer des propositions complémentaires de toutes celles qui sont actuellement en préparation avec nos partenaires ; et c’est pourquoi nous ne mentionnerons pas ici les projets qui ont trait à la recherche (à l’exception de projets concernant les grands équipements numériques), pour lesquels nous sommes associés par ailleurs aux organismes nationaux.
La Commission pour le Grand Emprunt National s’est fixé comme objectif de proposer des projets porteurs de croissance et d’emploi, en lien, en particulier, avec l’économie du numérique et le développement durable. Ces thèmes sont décisifs pour le développement des campus, leur mise à niveau international, et la modernisation des pratiques de nos étudiants, enseignants-chercheurs et personnels. L’immobilier universitaire représente, par exemple, avec ses 18 millions de m², le tiers des bâtiments publics, et donc un exceptionnel terrain d’application des principes de développement durable, dans lesquels nous sommes déjà résolument engagés.
La CPU propose dans cette perspective un plan d’investissement dans les infrastructures matérielles et immatérielles des universités, qui pourrait permettre à nos établissements de réaliser un progrès spectaculaire.
Le diagnostic portant sur la situation des universités françaises n’est plus à faire, et il fait même l’objet d’un consensus : un sous financement durable et structurel a conduit à un affaiblissement du rayonnement scientifique et technologique international de notre système d’enseignement supérieur et de recherche. Les efforts consentis depuis peu, dans les limites du budget annuel de l’Etat, peuvent inverser la tendance, mais ils ne porteront leurs fruits qu’à moyen et long terme, à la condition expresse que ces efforts se poursuivent et s’amplifient, sans laisser de côté de trop nombreuses universités.
Or la compétition internationale n’attend pas. Les universités des pays développés, et surtout celle des pays émergents, progressent vite, affirment des positions de premier plan dans les classements internationaux, les renforcent année après année, et les standards actuels, sur lesquels se fondent la politique du gouvernement français, seront vite dépassés. Nous devons donc, dès aujourd’hui, agir massivement sur les points névralgiques, en identifiant au préalable quelques domaines d’action et d’investissement qui ne sauraient attendre le plein effet des efforts budgétaires de moyen et long terme.
Les financements qu’apportera le Grand Emprunt National ne doivent être considérés ni comme une aubaine ni même comme une simple opportunité : ils doivent répondre à des nécessités, et viser des finalités inscrites dans les processus de Bologne et de Lisbonne. Ils doivent, plus précisément, contribuer à renforcer la place et le rôle des universités françaises dans une économie et une société de la connaissance mondialisées. En ce sens, ils doivent être consacrés à conforter la présence des universités françaises dans les réseaux et les mouvements internationaux des étudiants, des chercheurs, des découvertes, des programmes de formation et de recherche.
Pour ce faire, les opérations proposées visent deux objectifs complémentaires :
- améliorer durablement l’attractivité de nos campus, pour attirer en France des étu-diants et des chercheurs nombreux et de grande qualité ;
- améliorer la présence et l’efficacité de nos universités dans les échanges numériques scientifiques et pédagogiques internationaux.
Ces deux objectifs se complètent, dans la mesure où une présence plus active des universités françaises dans l’espace immatériel des découvertes, des innovations et des formations est un facteur de notoriété et de réputation internationales, et donc d’attractivité à long terme, susceptible d’amplifier les flux entrants d’étudiants et de chercheurs.
C’est pourquoi la CPU propose de concentrer l’intervention du grand emprunt sur trois thèmes majeurs :
1. les politiques de développement durable, depuis l’amélioration des capacités thermiques des bâtiments jusqu’à la généralisation des éléments de formation au développement durable dans la plupart des cursus professionnalisants, en passant par tous les autres engagements du « Plan Vert » ;
2. les politiques de développement des services numériques, depuis les méthodes de gestion des établissements jusqu’aux systèmes documentaires et d’archives scientifiques, en passant par les formations en ligne et à distance, et les grands équipements de recherche, notamment dans le domaine des SHS ;
3. les politiques de vie sur les campus, notamment en matière d’infrastructures et d’équipements pour la santé et la prévention des risques, pour la culture et les activités physiques et sportives, pour l’action sociale et l’accueil des publics handicapés.
Signature d’une convention-cadre de partenariat entre la CPU et l’ADRISI

Faire face à la complexité des enjeux organisationnels et technique liés aux systèmes d’information dans l’enseignement supérieur et la recherche est un vrai défi pour les universités qui doivent construire des systèmes d’information solides et pertinents, et pour la CPU qui porte avec ses partenaires (organismes et ministères) une démarche d’élaboration d’un cadre de cohérence national. Afin de l’aider à progresser dans cette voie, la CPU a conclu une convention-cadre de partenariat avec l’Association des directeurs de centres de ressources informatiques et des systèmes d’information (ADRISI).
Par cette convention, approuvée par le Conseil d’Administration de la CPU le jeudi 1er octobre 2009, l’ADRISI se voit confier des missions d’assistance technique, d’expertise et de conseil. La convention permet de faire intervenir l’ADRISI en assistance à maîtrise d’ouvrage, auprès de la CPU, pour les actions que mène celle-ci dans le domaine des systèmes d’information, et notamment les travaux du comité de pilotage du Système d’Information de l’enseignement supérieur et de la recherche, ou pour la participation à des groupes de travail ministériels.
Des conventions ponctuelles d’assistance technique sur des sujets particuliers (échanges et partages de données RH entre établissements et Ministère, format d’échange pour la présentation de l’offre de formation des établissements, etc.) seront conclues entre un expert, son université d’affectation, et la CPU, afin d’agir en pleine transparence, et d’indemniser les établissements pour le temps passé par les experts dans des déplacements occasionnés par les missions confiées par la CPU.
Cette convention-cadre se veut exemplaire des nouvelles relations de partenariat et d’appui technique que la Conférence souhaite nouer avec des réseaux internes de professionnels ou avec des conférences disciplinaires, dans un proche avenir, pour rendre son action plus efficace.